Tout le monde peut monter sur les planches d’un théâtre. C’est le cas de Bruno Duchêne, webdesigner de profession, et aujourd’hui comédien à l’IREP Scènes, à Villeurbanne. Entre le 8 et le 17 mars, il y présente sa première mise en scène, Tout va bien se passer.

A la base, le métier de Bruno n’a pas grand-chose à voir avec le monde du théâtre. Webdesigner depuis 2006, il est passionné de graphisme et de multimédia. Lors d’un atelier de dessin, un ami lui propose d’essayer le théâtre avec lui. Cela va faire maintenant 7 ans qu’il joue à l’IREP Scènes de Villeurbanne. Il y passe le cursus théâtre en trois ans et s’associe à la troupe de l’IREP. Pendant six de ses sept années à l’IREP, Bruno est comédien. Il joue plusieurs pièces, fait de l’impro, mais sans quitter ses planches de Villeurbanne, qu’il aime tant. Bien qu’occupé par son métier de webdesigner, il trouve toujours du monter pour monter sur scène.

 

Cela va faire 7 ans que vous êtes à l’IREP Scènes. Comment êtes-vous arrivé à faire du théâtre ? Est-ce votre principale occupation ?
Non, je suis webdesigner. Je travaille en agence, c’est mon travail de tous les jours, alimentaire. Le théâtre c’est une passion. J’ai commencé il y a 7 ans, j’en avais déjà fait enfant, en colo ou avec l’école. En fait j’étais dans un atelier de dessin et un « pote » de l’atelier me dit « je vais essayer le théâtre ». Je l’ai suivi et j’ai atterri à l’IREP à Villeurbanne. J’ai fait le cursus en 3 ans, et après je suis passé en impro. Là je continue à faire de l’impro et je monte des projets. Et puis l’année dernière je me suis dit je vais un peu passer de l’autre côté et mettre en scène.

Après plusieurs années à jouer sur les planches, vous décidez de vous lancer dans la mise en scène. Pourquoi ?
C’est vraiment à titre de loisir. C’est un plaisir que je voulais avoir, c’est un autre stress que de jouer. Du coup à l’IREP j’ai pu jouer pas mal de fois. Avec le cursus de 3 ans, on a déjà fait 4-5 spectacles, où on a été aussi poussé à écrire, à faire la lumière… En plus de ça j’ai aussi fait une pièce avec mon groupe, avec qui j’étais pendant 3 ans ; on a monté une troupe. J’ai pu bosser dans une autre pièce avec d’autres personnes du théâtre. On a fait plein de petits spectacles, des sketchs, des trucs comme ça. Ça et toujours l’impro. Là j’ai plus de spectacles à faire, je me suis dit c’est le moment d’essayer de mettre en scène. Au début je voulais écrire et mettre en scène, j’avais des bribes de projet, mais je voulais quelque chose qui « ai de la gueule ». J’en étais à 50%, mais ce que j’avais écrit n’était pas suffisant, et j’ai pas forcément le temps de m’y mettre. Je voulais vraiment mettre en scène, et du coup c’est en parlant à une amie de mon envie de mettre en scène que ça s’est fait. Dans la discussion j’ai évoqué une pièce que j’avais vu à Avignon et que j’ai adoré. Et du coup elle m’a dit « ba voilà, c’est ça que tu vas mettre en scène ». On a cherché des moyens pour récupérer le texte, et je suis parti en mise en scène là-dessus. C’est un projet assez compliqué pour une première mise en scène. Vis-à-vis des comédiens, ça a l’air de plutôt bien fonctionner. Après c’est exclusivement des gens que je connais, des gens en qui j’ai confiance, avec qui j’ai envie de partager l’aventure humaine.

Est-ce que « Tout va bien se passer » est votre première mise en scène, ou vous aviez déjà fait autres choses auparavant ?
Oui, j’avais fait de petites mises en scène, des petites scénettes, des choses comme ça, mais jamais de pièce entière. Après j’ai une culture graphique, cinématographique… J’aborde la mise en scène d’abord par l’image. Cette partie-là marche pour la mise en scène, mais après il y a la partie direction d’acteurs, où là c’est plus compliqué, je n’ai pas le recul. J’ai que l’expérience vécue, en tant que comédien. C’est donc un peu un melting-pot de l’expérience de quand j’étais dirigé, j’ai essayé de prendre ce qu’il m’avait le plus plu. J’ai aucune objectivité pour dire ce qui marche le mieux, ce que j’ai vu sur internet, je me suis renseigné, on a 100-150 adhérents à l’IREP.
Pour cette pièce, j’avais vu une mise en scène d’un metteur en scène à Avignon il y a 3-4 ans. J’en ai un souvenir flou. J’étais resté sur un texte qui m’avait beaucoup plu, j’ai essayé de balayer mes souvenirs pour repartir à zéro. Il y aura peut-être des choses semblables, comme au niveau des personnages, mais j’essaye de m’en détacher. Après j’ai discuté avec une des comédiennes, qui m’avait poussé à faire de la mise en scène, et on a parlé du côté graphique, le côté visuel qu’on voulait pour la pièce.

Ça m’a poussé sur certains choix, sur un certain style, sur le fait que je rajoute de la musique, que mes comédiens se comportent de telle manière… Je m’autorise des décrochages. De ce que j’avais vu, c’était un sitcom, explicite, ils l’avaient joué vraiment comme un sitcom, avec une façon de dire les choses « hachées », mais avec un texte qui était assez humour noir, très cynique. J’ai voulu me détacher de ce côté sitcom. Au début je voulais partir sur l’absurde. Visuellement c’est difficile, mais dans le jeu, c’est avoir un peu de surjeu, avoir des décrochages vers le publique… Pas simplement jouer de façon réaliste, mais me permettre que mes personnages aient quelque chose. Comme moi je l’ai compris, lu, et comment je l’ai assimilé. Et en même temps je ne suis pas seul sur le projet, ça été une discussion avec le groupe et la compréhension a été globale. Il y a eu certains éléments qui sont arrivés avec une interprétation, en discutant avec un comédien, la perception a complétement changé, j’ai eu d’autres indices pour la mise en scène. Il y a le plaisir de travailler en groupe. Metteur en scène on se retrouve entre guillemets chef. Mais on n’est pas une autorité, on est une décision. C’est plaisant parce qu’on va vers ses choix mais en même temps c’est flippant : je suis avec des amis, je ne suis pas là pour aller contre eux. C’est aussi de la logistique, ça rejoint un peu mon travail dans le webdesign. J’ai fait un peu de gestion de projet, ça se sent sur l’organisation j’en suis à faire de la mise en scène avec des tableaux Excel dans tous les sens ! Ça a l’air de marcher.