Samedi 9 avril, en fin d’après-midi au Café de la Paix à Vénissieux, les habitants du quartier ont débattu sur l’État d’urgence et la déchéance de nationalité, avec notamment Mourad Benchellali.

 

Les intervenants:

Mourad Benchellali, ancien détenu de Guantánamo.

Yves Blein, maire de Feyzin (PS) et député de la 14ème circonscription du Rhône.

Lotfi Benkalifa, élu d’opposition à Vénissieux et candidat PS aux dernières municipales.

Mokrane Kessi, président de l’association « France des Banlieues » et organisateur de l’événement

Trois étudiants de Science Po Lyon 2.

L’organisateur précise d’emblée que Michèle Picard, maire PC de Vénissieux, Nathalie Frier, maire sans étiquette de Saint-Fons, et plusieurs parlementaires de droite n’ont pas répondu à l’invitation.

17 heures, le café se remplit petit à petit jusqu’à ce que la salle soit comble. Le débat débute sur une définition complète de la déchéance de nationalité faite par les trois étudiants en Science politique de Lyon 2. Les personnes sont très attentives, le silence règne. Mokrane Kessi prend la parole, expliquant le déroulement du débat pour ensuite passer le micro à Yves Blein. Le député-maire de Feyzin, qui a voté pour la déchéance de nationalité, expose son point de vue : « L’Etat d’urgence a aussi permis de neutraliser un certain nombre d’individus qui n’avaient sûrement pas que des bonnes intentions. Même si ça a peut-être pu en déranger certains. »

« Vous savez, quand on trouve chez moi, à cent mètres de la raffinerie, un lance-rocket, des kalachnikovs et des armes de poing. Bah j’aime autant que l’Etat d’urgence ait permis des les trouver ! »

 

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 « L’Etat d’urgence m’a beaucoup impacté, trop de contrôles au faciès ! »

De nombreuses personnes dans le public expriment leur opinion, sans toutefois attendre que le micro leur soit donné. Un : « 4000 perquisitions administratives et de nombreuses dérives contrairement à ce que vous dites ! » Une autre : « Vous avez quand même eu le courage de venir ! » Encore un : « Quand on donne carte blanche à la police, automatiquement, il y a des dérives ! […] Vous représentez la majorité gouvernementale ! »

Après plusieurs témoignages, Mourad Benchellali prend la parole et apaise les tensions.

« Je ne suis pas allé en Afghanistan pour faire le Djihad ! Je me suis laissé embarquer et je l’ai payé très cher […] J’ai été torturé pendant de nombreuses années […] L’antiterrorisme c’est la torture ! »

 

« Des politiques français ont appelé à un Guantanamo à la française ! »

L’ancien prisonnier de Guantánamo, mais aussi auteur du livre « Voyage vers l’enfer », nous raconte brièvement son parcours. Celui étant évidemment le mieux placé pour nous parler de la déchéance de nationalité nous livre son avis sur le phénomène :

« Des politiques français ont appelé à un Guantanamo à la française, disant que c’était efficace, c’est même contre-productif ! Cela crée de la radicalisation et apporte plus de problèmes que de solutions ! Si vous ne le savez pas, sachez que la déchéance de nationalité touche aussi les délits ! C’est-à-dire ceux qui ne sont pas forcément des crimes graves ! Il suffit d’être mis en examen pour association de malfaiteurs pour en être déchu ! »