Candidate écologiste pour la mairie de Villeurbanne, Béatrice Vessiller a pour objectif de faire de la ville un lieu où il fait bon-vivre dans le respect de l’environnement. Pour cette seconde candidature, elle souhaite de nouveau rassembler les écologistes seules pour le premier tour. Le Lyon Bondy Blog l’a rencontrée.

Quels sont les chantiers prioritaires à Villeurbanne et quels sont ses manques ? Comment financer ces projets ?

Les chantiers prioritaires du programme que je porte avec mon équipe de femmes et d’hommes engagés pour Villeurbanne sont au nombre de trois. Ralentir la construction et végétaliser la ville, elle a pris 25 000 habitants en 20 ans avec des constructions dans tous les quartiers et dans des opérations qui ne sont pas toujours d’ensembles. On a le sentiment d’étouffer un peu, surtout que l’on n’a pas construit les équipements et les services publics nécessaires, que ce soit en termes d’école, de crèche ou de parcs publics. Ralentir la construction et végétaliser fortement la ville avec la création de trois grands parcs plus des parcs de proximité, avec la végétalisation des rues et des places, ceci est notre première priorité.


Deuxième priorité : l’éducation. Nos enfants sont notre présent et notre avenir. Il y a 26 groupes scolaires à Villeurbanne et quelque 400 places en crèche. Nous voulons un plan ambitieux pour les écoles de Villeurbanne avec la construction de nouveaux établissements, la rénovation de celles existantes. Nous voulons aussi le développement du bio et du local dans les cantines scolaires, le réaménagement des cours d’école pour lutter contre les îlots de chaleur, mais aussi pour que filles et garçons aient toute leur place dans les cours. Nous souhaitons aussi développer les projets d’éducation à l’environnement, des projets d’éducation au vélo avec le fait que tous les enfants doivent passer le « savoir rouler »,  l’éducation à la citoyenneté et des activités artistiques avec les institutions culturelles de la ville.


Troisième priorité, la question de la sécurité et de la tranquillité. Dans tous les quartiers, on voit une attente du fait des nuisances générées par les incivilités croissantes, par les “zones de deals” , disons-le. Je m’attelle aux problèmes avec des moyens financiers supplémentaires pour créer des postes de médiateurs de rue, de policiers municipaux supplémentaires. Je lance également les assises de la sécurité et de la tranquillité pour discuter avec tous les professionnels, aussi bien de la police que de la justice, des éducateurs que des acteurs de quartiers. Cela doit se faire aussi avec les habitants parce que je pense qu’il faut avoir une approche de la sécurité pas seulement sécuritaire, mais aussi bien sur la prévention que sur l’éducation, pas seulement sur la sanction. Je pense que nous pouvons faire des diagnostiques partagés sur les secteurs qui posent problème dans les quartiers et élaborés des solutions d’aménagement pour un qu’un usage chasse l’autre ou des solutions d’animations de rue, d’organisations d’activité en s’appuyant sur les centres sociaux. En allant vers ces jeunes qui sont peut-être aujourd’hui dans des parcours qui ne sont pas bons pour eux, voilà mes trois priorités.

Pour les manques, il y a besoin d’un plan rénovation et de construction pour les écoles, idem pour les équipements sportifs. Depuis 2015, la ville a gagné beaucoup d’habitants sans pouvoir répondre à tous les besoins. Il y a un manque d’installation sportive, donc il faut rénover des stades existants, mais aussi construire au moins un nouveau stade. Il y a aussi des besoins aussi en termes culturels. Je souhaiterais relocaliser la médiathèque du Tonkin pour en faire un équipement plus ouvert sur le quartier qui peut aussi répondre au sujet précédent de travailler sur ce qu’on développe comme activité dans le quartier pour lutter contre les zones de nuisances.

Est-il rare qu’un élu écologiste prenne en charge la question de la sécurité ? C’est habituellement pris avec plus de réticence dans votre parti politique.

Les écologistes ont pour vocation à diriger des villes et la métropole, donc nous nous attelons à tous les sujets qui préoccupent nos concitoyens et nos concitoyennes. Sur ces questions-là, la perception et le vécu des femmes sont importants. C’est un sujet où il y a des attentes légitimes, donc je m’y attelle comme mes collègues qui sont candidats dans d’autres villes, parce qu’en effet, les questions de sécurité et de tranquillité sont légitimes. On doit se sentir bien dans sa ville et dans l’espace public. On doit pouvoir se déplacer à n’importe quelle heure dans la ville et laisser nos enfants partir seuls. Cela doit être assuré par la collectivité donc je serais la maire des Villeurbannaises et des Villeurbannais qui s’attelle aux problèmes de sécurité et de tranquillité en luttant aussi contre les incivilités. Il y a beaucoup d’infractions au Code de la route, il y a des comportements qui sont irrespectueux et qui dégradent la vie des gens. Et cela n’est pas possible.

 Jean-Paul Bret est le maire de Villeurbanne depuis 19 ans (2001-2020). Quel bilan faites-vous de ses mandats ?  

Je pense bien évidemment qu’il y a des choses positives dans sa gestion de la ville, sinon il n’aurait pas été réélu deux fois. Il a su préserver le tissu associatif et la vie culturelle riche à Villeurbanne, qui donne son identité et fait qu’on y est tous attachés. Il y a de la mixité sociale qui est un autre point qui caractérise Villeurbanne, et auquel je suis moi aussi attachée et que je compte préserver, avec un maintien de logements sociaux et une vigilance dans ce qui se construit dans les logements abordables, pour ne pas avoir que des logements très chers. Même si c’est une difficulté aujourd’hui, à la fois dans les logements en vente ou location où il y a une flambée des prix à laquelle je compte m’atteler.

Comment comptez-vous vous y atteler ?

Je m’y attellerai avec plusieurs outils. D’une part l’encadrement des loyers, que nous mettrons en œuvre au niveau de la métropole, puisque la loi le permet maintenant. Si la collectivité le demande, on peut expérimenter le prix du loyer, ce qui fait que l’on aura à la relocation des hausses de loyer encadrées et beaucoup plus modérées qu’aujourd’hui. C’est un problème sur les petits logements. Les petits propriétaires font parfois la bascule quand le locataire change, et ce n’est pas acceptable. C’est pour le locatif. Nous préserverons la construction d’une part importante de logements sociaux. En termes d’accès à la vente, nous devons maitriser mieux le foncier. Quand on vendra du terrain aux promoteurs immobiliers, on négociera que les prix de sorties du logement soient dans tels et tels niveaux, et pas des 5000 euros du mètre carré comme on voit Rue Léon Blum, c’est complètement hallucinant ! Il faut maîtriser les terrains avec une politique foncière plus volontariste que ce qui a été fait jusque maintenant. Il faut anticiper, avoir une vision à long terme. Mieux contrôler ce qui se fait. Ce qui aidera aussi à ralentir la construction d’ailleurs, puisque je souhaite faire une pause dans les évolutions de population. 

La question écologique devient de plus importante pour les citoyens aujourd’hui. Comment vous positionnez-vous dessus ? Comment financer ces projets ?

Évidemment, l’écologie est au cœur de la politique publique que nous mènerons, également au niveau de la métropole, parce que cette thématique améliore nos vies en améliorant la ville. Il faut réduire la circulation et en permettre de se déplacer plus facilement sans polluer en transports en commun, à pieds ou à vélo. Il faut développer des transports en commun, du réseau cyclable dans toute la ville avec une vigilance sur les cheminements piétons, des trottoirs non encombrés et des bancs pour que les personnes âgées ou à mobilité réduite puissent faire des pauses dans l’espace public. Sur la mobilité, il y aura évidemment un sujet porté au Sytral, avec un financement supplémentaire nécessaire pour développer l’offre de bus, de tramway. On a des propositions à la fois de hausses de la subvention de la Métropole et de contributions des entreprises. Les aménagements cyclables, seront payés par la métropole, ou l’amélioration des cheminements piétons, sur la mise en accessibilité, c’est aussi à la Métropole. On fera moins de rond-points et de parkings, et on aura les moyens pour faire une agglomération 100% “cyclable et marchable”. On ne fera pas l’Anneau des Sciences. Pour la question de la mobilité, on posera des stationnements cyclables sécurisés un peu partout, on développera l’éducation aux vélos, j’en ai déjà un peu parlé dans les écoles de Villeurbanne. Je parlais de végétaliser la ville. Cela supposera de la plantation d’arbres dans l’espace public, mais aussi de l’aide à la végétalisation dans les parcelles privées. Si on veut vraiment rafraîchir la ville en été, il faut augmenter la couverture végétale et la “canopée”. Cela passe aussi par là : la végétalisation de parcelles privées, d’entreprises, sur les toits. Quand on regarde aujourd’hui Villeurbanne de haut, il y a des surfaces planes qui ne demandent qu’à être végétalisées ou couvertes de panneaux solaires. Et puis on va créer trois grands parcs. Sur un terrain qui est une usine qui va quitter Villeurbanne dans l’année, on a un espace de cinq hectares. Je vais proposer d’élaborer un projet avec les habitants autour d’un parc à trois à quatre hectares, avec peut-être de la construction autour, de tertiaire, de logements ou d’équipements publics. Ça financera aussi l’aménagement du parc. 

Pour l’alimentation bio et locale dans les cantines scolaires, il faudra faire un partenariat avec les exploitations de la métropole et des agriculteurs autour. Là, on les aidera à se convertir au bio et on leur garantira des marchés importants. La cuisine centrale, c’est 8000 repas par jour, et quand on s’engage à acheter des produits à un agriculteur, il sait qu’il a des débouchés. Le financement de cet approvisionnement en bio et de produits locaux de saison est possible, car on servira moins de viande qui n’est pas indispensable à la santé tous les jours. Celle-ci possède un bilan environnemental très coûteux. On luttera contre le gaspillage alimentaire : en France on jette beaucoup, on gaspille beaucoup. Il faut travailler dessus pour avoir un coût réduit. 
On veut promouvoir également l’achat d’électricité verte à Villeurbanne, pour avoir une énergie 100% renouvelable dans la fourniture d’électricité nécessaire aux équipements municipaux. Aujourd’hui, il y a un léger surcoût. C’est une question de choix parce que de toute façon la situation de Villeurbanne est saine. Je ne compte pas augmenter les impôts, la fiscalité restera contant. On a des marges de manœuvre et des possibilités à la fois d’investir et d’avoir certaines dépenses de fonctionnement comme l’énergie verte ou l’alimentation bio, ou de vrais contrats de travail pour les animateurs du périscolaire. Tout ça est possible vu la santé financière de la ville actuellement.

Vous avez de la circulation. Vous souhaiterez qu’il y ait moins de circulation en ville?

C’est indispensable. On vient de vivre un deuxième pic de pollution alors que l’on est qu’au début de l’année. 

Comment faire pour pousser les gens à se déplacer ? Tout le monde ne peut pas utiliser le vélo, comme les personnes âgées, les familles nombreuses ? Comment faciliter le déplacement hors véhicule ?

Pour les familles, nous allons mettre en oeuvre la gratuité pour les enfants jusqu’à dix ans. Aujourd’hui, quand une famille nous dit “On se déplace à quatre, on prend un ticket aller-retour pour chaque membre de la famille, c’est cher, ça ne vaut pas le coup, on prend la voiture”, demain avec cette tarification très avantageuse et incitative, les familles pourront prendre les transports en commun. Par ailleurs, il faut développer l’offre et réaménager l’espace public. Développer l’offre de transports en commun, plus de bus sur certaines lignes, créer de nouvelles lignes de tramway et réaménager l’espace public. À Villeurbanne, j’ai engagé le réaménagement du cours Émile Zola quand j’étais adjointe à la voirie et au déplacement. Aujourd’hui, on a de la place pour les vélos, on a de la végétalisation où c’est possible, c’est beaucoup plus agréable d’avoir une voie de circulation dans chaque sens et des aménagements cyclables, à condition que les automobilistes les respectent, là-dessus il y a du boulot. Il faut que la police municipale fasse respecter ces aménagements cyclables. En tout cas, aujourd’hui, les riverains apprécient d’avoir moins de bruit et de pollution sur une avenue réaménagée. Ce type d’aménagement il faut le faire dans beaucoup autres axes de la ville, pour partager l’espace public en faveur d’autres modes. 


Pour les personnes âgées, elles prendront les transports en commun parce qu’il y aura plus de fréquences. Il faut aussi favoriser la marche à pied, c’est bon pour la santé pour tout le monde, pouvoir se déplacer à pieds et se reposer sur des bancs, et ne pas se dire “Je prends la voiture, c’est trop fatigant”. Il y a des aménagements de la ville qui sont propices à inciter à l’usage des autres modes. Il faut les faire et il faut un peu contraindre à l’usage de la voiture en réduisant le stationnement au lieu de travail. Si on peut se garer au lieu de travail, on prend plus facilement la voiture. C’est pour ça que dans les bureaux, les secteurs bien desservis par les transports en commun ont construit moins de stationnements. Je suis même pour inciter les entreprises qui ont des places de stationnement aujourd’hui à végétaliser leur parking. Je suis prête à les aider pour planter des arbres, puisque dans des secteurs bien desservis par le métro et le tramway, les employés et les salariés peuvent venir autrement qu’en voiture. Il y a vraiment un travail important pour changer d’échelle sur l’aménagement de la ville et le développement des modes non polluants. C’est un enjeu de santé publique ! Mais aussi par rapport au climat puisque les émissions de gaz à effet de serre, les transports sont très importants. Au niveau local, dans les politiques locales, nous avons des leviers pour agir, et nos citoyens attendent cela. Ils marchent pour le climat, on a vu comment ils ont voté aux élections européennes. Maintenant, il faut qu’au niveau de ces élections municipales, s’ils ont envie de poursuivre leurs gestes, il faut nous ayons des actions concrètes qui les embarqueront dans une vie qui améliorera leur quotidien.

Au 1er janvier 2020, le prix du mètre carré est d’environ 3500 euros. Comment faire pour que les Villeurbannais puissent continuer à vivre ici? Doivent-ils s’excentrer?

Ce n’est pas le but. Il faut préserver le caractère très mixte de Villeurbanne, et pour ça, il faut enrayer cette hausse continue des prix de l’immobilier. Quand la collectivité maîtrise le terrain et le vend à des promoteurs, elle peut imposer les prix de sorties, puis demander de vendre de 2400 à 2500 euros le mètre carré selon le type de logement. On peut aussi s’appuyer sur le nouvel outil que la métropole a mis en place en décembre, qui est l’office foncier solidaire. Cela va permettre de dissocier le prix du foncier du prix de l’appartement. Cet office va vendre des terrains à des promoteurs qui vendront seulement l’appartement et les ménages. Ils payeront également une redevance mensuelle sur le prix du foncier. Pour ça, il faut une politique foncière très volontariste : il faut que la collectivité, c’est-à-dire la métropole et ville, achète du foncier pour faire en sorte de bien contrôler ce qui va être construit et à quel prix cela sera vendu. Pour ce qui ne sera pas construit, il faut acheter des terrains puisque nous voulons faire des parcs de proximité.

Faut-il réquisitionner les logements vacants?

Dans la métropole de Lyon, ce n’est pas un très gros problème. En revanche, il y a des bâtiments en attente de projet, pour lesquels on peut faire beaucoup plus que ce que l’on fait aujourd’hui. L’urbanisme, transitoire, c’est justement la mise à disposition de bâtiments auprès d’associations pour faire de l’hébergement de personnes à la rue, de migrants ou autre. Je pense qu’on le fait pas assez, et nous souhaitons le faire plus, parce quand la collectivité achète un bâtiment qui sera démoli dans deux, trois ans, pendant ce temps là il peut utilement servir à du logement ou des friches artistiques. Mais pour ce qui est du logement, il y a effectivement des opérations qui peuvent être faites dans l’attente des projets. Je parle des bâtiments qui sont achetés par la collectivité, il peut y avoir des acteurs privés qui ont aussi des bâtiments en attente et pourraient utilement servir. La clinique du Tonkin de Villeurbanne, désormais désaffectée depuis l’ouverture du Médipôle, je regrette qu’il n’y ait pas eu d’opérations la concernant, avec des centaines de chambres disponibles. On n’a pas su en faire un usage autre que de laisser ce bâtiment vacant en attente de projet, c’est dommage. Je m’en occuperai si je suis capable de le faire dans quelques semaines. En tous cas, je souhaite discuter du devenir de cette clinique.