Suite au retour de Gérard Collomb ce lundi 5 novembre, l’ancien maire Georges Képénékian a retrouvé un poste d’adjoint à la mairie de Lyon. Le nombre d’adjoints étant limité à 21, l’un d’entre eux a du lui laisser sa place. C’est Jérôme Maleski (En Marche), chargé de la démocratie participative, qui a donc perdu son poste. Suite et fin de cet entretien exclusif, où nous évoquons les rapports entre ville, Métropole et quartiers populaires.

Jérôme Maleski. Crédit Clémentine Courtial / Lyon Bondy Blog.

Pour (re)lire la première partie de cet entretien : Après la perte de son poste d’adjoint à la mairie de Lyon, Jérôme Maleski se confie

Lyon Bondy Blog : Sans parler précisément de Gérard Collomb, est-ce que vous pensez que le président de la Métropole doit obligatoirement être un élu lyonnais ?

Jérôme Maleski : Vous savez, on va avoir une nouvelle vision des choses pour les prochaines élections 2020. Pour la première fois, nous allons élire les représentants à la Métropole au scrutin universel direct. C’est une première. Il y aura des majorités qui vont se dégager, des gens qui vont se présenter. Peut-être qu’il y aura un candidat non lyonnais qui sera majoritaire.

Après, quand même, quand on va à l’étranger, ou quand on va ailleurs en France, on ne parle pas de la Métropole, on parle de « Lyon ». Je crois qu’il y a quand même une marque.

« En 2020, je souhaiterais que le président de la Métropole soit lyonnais »

Est-ce qu’un élu non lyonnais aurait le même poids ?

Vous savez, il y a bien des partis politiques qui vont chercher des maires à Divonne pour être candidat sur Lyon. Ce n’est pas parce qu’on est une ville un peu plus petite qu’on ne peut pas avoir un destin lyonnais. Bon, moi, très honnêtement, je souhaiterais quand même que le président de la Métropole soit lyonnais.

Dans ce cas, c’est le problème inverse qui peut se poser : est-ce que Lyon ne va pas tout écraser ?

Non. Regardez, on l’a vu : même quand il n’y avait pas de hiérarchie, quand il n’y avait qu’une seule et même tête [Gérard Collomb, ndlr], vous avez vu tout ce qui a été fait sur la Métropole ? Je pense que, franchement, Lyon n’a pas tout capté. Regardez l’essor de la Métropole. Prenez les villes même les plus éloignées de l’hyper-centre de Lyon, il y a quand même eu des changements phénoménaux. Prenez des aménagements comme à Décines, comme à Vaulx-en-Velin. Vous avez vu Vaulx-en-Velin, comme ça a changé ? Vous avez vu le Carré de Soie ? Ça a quand même été piloté par la Métropole. On ne peut pas dire que tout a été décidé et aménagé autour de la place Bellecour.

« Je me verrais bien vivre à la Duchère »

Même si vous dites que dans la réalité vous êtes en train de changer, il y a quand même tout un vécu pour les habitants de la couronne, un sentiment de ne pas exister vis-à-vis du centre-ville. Comment faire pour leur expliquer qu’ils ont toute leur place dans la Métropole ?

Ils ont toute leur place dans la Métropole. Par exemple, je reviens sur le Carré de Soie. C’est quand même un aménagement majeur des dix dernières années sur la Métropole. C’est bien la preuve qu’on a un autre regard sur le Carré de Soie, sur Vaulx-en-Velin. Je suis souvent à la Duchère aussi, car le conseil citoyen y est extrêmement dynamique, un des plus dynamique de la ville de Lyon. C’est dans ma délégation, donc je travaille beaucoup avec eux. Franchement, je suis scié par l’aménagement qui a été fait sur le plateau de la Duchère. J’ai visité des appartements qui donnent sur le parc du Vallon, ils sont super : il y a un geste architectural, des grandes avenues, c’est hyper vert. Ça, c’est un aménagement de la Métropole. Très honnêtement, moi je me verrais bien vivre à la Duchère. C’est un endroit que je trouve attrayant.

Lyon va faire partie des villes qui vont tester les exclusions pour les voitures. Mais des gens qui viennent d’autres villes de la Métropole, comme Rillieux-la-Pape, n’ont pas d’autres choix que de prendre la voiture…

Moi, vous savez, je suis un fan des transports en commun. Très honnêtement, quand on est sur Lyon, on a quand même un réseau de transports en commun qui est plutôt pas mal. Donc si on peut effectivement arrêter de se servir de la voiture en ville, je trouve que ça serait une bonne chose. Et ça, si on ne le fait pas de façon coercitive, les gens, par confort, ne font pas l’effort.

« La voiture en ville, il faut arrêter »

Moi, je travaille à la Confluence, je passe ma vie dans le tramway, dans le métro. Je n’ai pas de voiture. Vous savez, aller d’Hôtel de Ville à Confluence, c’est comme aller de Rillieux au centre de Lyon. C’est pareil.

Est-ce que la circulation en ville est un de vos prochains chantiers ?

Oui, bien sûr. Quand on sait maintenant qu’il y a des gens qui meurent à cause de la pollution en ville, il y a une politique de santé publique à avoir. La pollution en ville, elle est liée à quoi ? Elle est liée au chauffage et à l’automobile. Quand vous êtes dans la presqu’île, quand vous êtes dans Lyon intramuros, il y a des bus de partout. Donc qu’est-ce que vous faites ? Vous prenez votre bus. C’est un réflexe citoyen maintenant. Vous savez, les gens s’adaptent. S’ils se rendent compte que c’est mieux de prendre le bus, ils vont prendre le bus. La voiture en ville, c’est un combat d’arrière-garde qu’il faut arrêter, c’est tout.

Bientôt des métros jusqu’à 2 heures du matin

Ne faut-il pas en contrepartie une amélioration de l’offre du Sytral ?

Si. Il y a des investissements qui sont faits. En plus, maintenant, on va avoir d’autres systèmes de bus. Je crois que 90 % du réseau du Sytral, c’est du réseau électrique, ou en tout cas non-polluant. C’est déjà pas mal. Pas plus tard qu’hier, j’ai discuté avec ma collègue Fouziya Bouzerda, présidente du Sytral : il va y avoir des métros jusqu’à deux heures du matin. Il y a des réflexions qui sont très avancées là-dessus. C’est pour assez rapidement, je crois. Le métro la nuit, ça peut être une solution. Il faut qu’on progresse là-dessus. Et faire de la pédagogie. Ça, c’est ma délégation.

La pédagogie, il faut la faire des deux côtés : expliquer aux citoyens qu’ils ne peuvent pas tout décider, mais aussi expliquer aux élus que les citoyens ont une légitimité. Y a-t-il aussi une pédagogie à faire auprès de certains de vos collègues ?

Bien sûr. Et puis, il y a des choix à faire. Mais je pense que ce qu’on ne fait pas assez, comme vous parlez de pédagogie, c’est expliquer pourquoi on fait tel ou tel choix. Quand on est décideur, élu, il y a 15 000 raisons qui poussent à faite des choix. Nous, je pense qu’il faudrait qu’on explique dans des réunions pourquoi on a pris telle ou telle option. Il y a plein de critères qui font qu’on prend une décision. Mais je pense que la démocratie citoyenne, c’est peut-être dire aux gens : voilà, nous avons fait tels choix, on vous explique pourquoi, vous êtes d’accord ou pas d’accord, mais au moins vous savez quels sont nos critères.

 

Propos recueillis par Alexis Demoment, Hugo Dervissoglou et Jean-Phillipe Bonan

La rédaction

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