Depuis ce lundi 20 novembre et la Journée internationale des droits de l’enfant, de nombreuses mobilisations solidaires et citoyennes se sont déroulées dans diverses écoles lyonnaises pour alerter sur la situation plus que critique de centaines d’écoliers qui dorment actuellement à la rue. Une situation précaire qui suscite la révolte et l’incompréhension de la population.

Mardi 21 novembre, le LBB a interviewé Laurette Caquelard, parent déléguée, qui œuvre pour venir en aide à ces familles.

Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer le déroulé des différentes actions que vous menez ?

« Nous occupons notre école depuis 17h45. L’entrée a été un peu compliquée parce qu’il y a une petite dizaine de policiers devant l’entrée principale. Mais nous avons réussi à nous regrouper dans le gymnase nous avons réussi à installer deux familles qui normalement dorment dehors, donc nous sommes plutôt satisfaits. Pendant que je vous parle, des parents réussissent à rentrer, donc on doit être une trentaine de parents à avoir réussi à occuper l’école ce soir. »

La nuit dernière à l’école Robert Doisneau, était-ce le même genre mobilisation ?

« La nuit dernière nous avons occupé l’école pour diriger une assemblée générale, afin de discuter de la suite à donner à notre mobilisation. Nous avons décidé à main levée à quasi l’unanimité d’occuper notre école à partir de ce soir. Nous poursuivrons nos actions le temps que les autorités compétentes, c’est à dire la préfecture et la mairie, leur trouvent une solution d’hébergement. »

En dehors des occupations d’écoles, y a-t-il d’autres actions qui sont effectuées afin de venir en aide à ces familles ?

« Nous avons déjà organisé un goûter solidaire pour apporter des fonds et parer au plus urgent donc des achats de nourriture, l’achat d’une tente et des achats de vêtements. Hier, nous avons organisé un apéro partagé tout en lumière, pour sensibiliser les habitants du quartier et les parents d’élèves à la situation de ces familles sans abri. Nous sommes plusieurs écoles à avoir fait cela à Lyon et aux alentours pour alerter sur la situation de ces élèves qui dorment dehors tous les soirs depuis le mois de septembre. »

On parle aujourd’hui de 200 enfants qui dorment dans la rue. Comment expliquer ce chiffre ?

« Il y a à peu près 250 écoliers dans l’agglomération lyonnaise qui dorment dehors et d’autres mineurs qui ne sont pas scolarisés qui dorment également dehors. Ce qui fait à peu près 300 enfants dans l’agglomération lyonnaise. C’est un chiffre colossal et il est absolument indispensable que la Préfecture considère l’ampleur du problème. On est devant des situations dramatiques, certains enfants commencent à avoir des problèmes de santé. Et malgré tout, ce qui est vraiment frappant, c’est qu’il y a une vraie volonté de venir à l’école tous les matins, une volonté d’apprendre et de vraiment être élève. Et c’est aussi notre rôle à nous de les accueillir, de les soutenir et de les aider le plus possible. C’est un peu le but de notre action ce soir et pour les jours à venir. »

Personnellement, vous êtes parent déléguée, comment vous impliquez-vous avec les divers collectifs ?

« On a créé un collectif pour les familles en difficulté, en relation avec d’autres écoles, notamment l’école Servet et l’école Victor Hugo. Et puis on est en lien direct avec les associations « Jamais sans Toit » et « Pas d’enfants sans toit », qui d’ailleurs a fait une grosse campagne d’affichage dimanche soir. Dans toute la ville de Lyon il y a quatre cents affiches réalisées par Don Mateo Delavega qui sont disséminées un peu partout. Chaque affiche représente un enfant qui dort dehors dans la rue. Il y a beaucoup d’actions qui sont faites en ce moment et on espère vraiment que ça débouchera très vite à des solutions d’urgence. »

Lundi, il y a eu des occupations dans plusieurs écoles de Lyon. Avec ce genre d’opération de force, y a-t-il des réactions derrière ? De la part des élus par exemple ? Pensez-vous que ces opérations ont la résonnance nécessaire pour que la situation change, ou du moins s’améliore, pour ces familles ?

« Oui. Demain on a rendez-vous, un rassemblement qui est prévu juste devant la préfecture par le collectif « Jamais sans Toit » et nous. Le préfet doit nous recevoir à 17 heures. On espère avoir de bonnes nouvelles pour tous les enfants scolarisés dans notre école, mais aussi tous les enfants qui sont scolarisés dans les écoles de Lyon et des agglomérations aux alentours. On a bon espoir que la situation se débloque rapidement. »

Lorsqu’une famille est prise en charge, pour combien de temps peut-elle bénéficier d’un toit en général ? Car l’hiver et le froid rendent la situation critique. Quelle est la suite pour ces familles ?

« C’est un peu le problème. Ce sont souvent des situations d’urgence. Je pense que ça va être pour la période hivernale, donc ce n’est pas forcément la solution. On va parer au plus urgent. On va aussi essayer de batailler pour que ce ne soit pas que des situations d’urgences, mais de vrais relogements sur du long terme. »

 

Une mobilisation solidaire et citoyenne qui se poursuit donc à Lyon, à l’image du campement solidaire quai Augagneur en face de la préfecture de Lyon mercredi soir, qui a réuni une centaine de personnes. Face à ce nombre d’enfants SDF, qui augmente chaque année, la situation devient de plus en plus urgente. Aux élus de réagir.