Antoine Durand, son combat pour une Europe accessible

Ascenseurs en panne, trottoirs détériorés, escaliers, transports bondés… La ville est un vrai parcours du combattant pour les personnes à mobilité réduite (PMR). Plus de 20 ans après la loi handicap de 2005, de nombreux progrès sont encore à faire et Antoine Durand porte avec force le combat pour l’accessibilité.

Antoine Durand et Claya Halladja – Crédit : Charlotte Marchand

À 34 ans, Antoine est un entrepreneur multi-casquettes. Il est notamment le président de l’association Accessible Mobility Europe, qu’il a cocréée fin 2025 avec l’objectif de rendre le continent réellement accessible. Avant d’aborder plus en détail les missions de l’association, revenons sur le parcours d’Antoine et sur ce qui l’a poussé dans cette nouvelle aventure.

HandiCap, qui a dit que je n’étais pas Cap ?

Sourire aux lèvres, c’est avec enthousiasme qu’Antoine accepte notre échange autour d’un café dans le 6ème arrondissement de Lyon. Antoine, est accompagné de Claya Halladja, l’une de ses assistantes de vie depuis 3 ans et trésorière de l’association. Atteint de la myopathie de Duchenne, une maladie génétique évolutive affaiblissant progressivement les muscles, il refuse de voir son handicap comme un frein. Malgré le discours validiste encore bien présent dans notre société, il avance avec détermination vers ses objectifs et un regard toujours pétillant
d’enthousiasme.

« Je me suis battu pour avoir la vie que je voulais, pour être libre de me réaliser comme je le
veux. » Antoine Durand

Antoine a grandi tout près de la ville des Gones, à Villeurbanne, et est diagnostiqué à l’âge de 1 an. Il apprend donc à vivre dès le plus jeune âge avec le handicap et, comme tout enfant, il se passionne ; pour lui, ce sera les Pokémon. Après le lycée, il intègre l’INSA (1) de Lyon où il suit une formation d’ingénieur en Génie Civil et urbanisme. Post-études, il est vite confronté à la dure réalité du monde du travail peu favorable aux personnes en situation de handicap. En France, selon l’INSEE (2), en 2024, le taux de chômage des personnes handicapées atteint 12 %, contre 7 % pour l’ensemble de la population. En 2015, il trouve cependant un CDI en tant que Chargé d’Opérations Immobilières aux côtés de Batigère Rhône-Alpes. Et c’est quelques années plus tard, après l’épidémie de COVID-19, qu’il décide de s’engager et se lance dans l’entrepreneuriat.

En 2022, il devient coach et consultant pour accompagner entreprises et particuliers sur la thématique du handicap. Antoine précise d’ailleurs que le freelancing est « une très bonne solution pour les personnes handicapées qui souhaitent une activité professionnelle et une vie sociale épanouie (…) on ne peut plus compter sur les allocations. » Très actif sur les réseaux sociaux, il manie les mots avec agilité et est suivi par plus de 14 600 personnes sur LinkedIn. Ses posts, il les écrit seul, avec les yeux à l’aide d’une caméra oculaire : une bonne manière d’exposer sa vision !

Au quotidien, il est en revanche loin d’être seul et est à la tête de ce qu’il appelle avec affection « la team Antoine ». Cette team est composée de 10 auxiliaires de vie qui se relaient 24h/24 pour l’aider dans les différentes étapes de la journée et assurer son autonomie. Avant cela, il a connu les agences impersonnelles où le contact humain était souvent mis au second plan. C’est ce qui l’a, par la suite, mené à effectuer lui-même le recrutement de ses auxiliaires de vie. La « team Antoine » s’apparente à une joyeuse coloc familiale avec qui il partage une grande complicité et dans laquelle il puise sa motivation. Or, quand l’extérieur devient inaccessible, ce soutien sans
faille ne suffit pas.

Inaccessibilité du métro, c’est trop !

C’est ce qui s’est passé en 2024 à Lyon, où les métros étaient inaccessibles pendant de nombreux mois ; des travaux interminables rendant inaccessible la chaussée où des détours sans fin il fallait faire pour avancer. Antoine fonde l’initiative Un métro pour tous à Lyon ! pour interpeller sur cette inégalité et rencontre le maire de Lyon, Grégory Doucet. Il devient par la suite membre des groupes de travail Transports et Voirie de la Commission Métropolitaines de l’Accessibilité.

L’année d’après, Antoine, aventurier dans l’âme, se lance le défi de partir en Roumanie en traversant l’Europe en voiture, un périple qu’il réalise grâce à ses auxiliaires de vie et deux conducteurs volontaires. Fort de ce voyage, c’est ensuite en Espagne, à Barcelone, qu’il passe quelque temps. Entre tapas, fiestas et rythme catalan, Antoine a un déclic : ici, tout est accessible : transports en communs, commerces, restaurants…plus besoin de ce poser mille
questions ni d’anticiper tous ses trajets.

« En France, le handicap, soit on doit le cacher, soit on doit le réparer. » Antoine Durand

Antoine insiste alors sur le fait qu’en Espagne, « le handicap est avant tout considéré comme de la diversité, ce n’est pas un problème, il y a moins de tabous donc on en parle, on s’en occupe (…) en Espagne, ça peut être imparfait mais c’est fait ». Antoine a d’ailleurs été surpris par la chaleur des gens qui lui souriaient spontanément, contrairement à l’Hexagone, où on n’ose parfois à peine lui adresser la parole. Il y a selon lui une raison principale à cela : « En France, on a étatisé la solidarité, les gens ont oublié la solidarité dans le quotidien (…) si on ne demande pas ils n’aident pas ».

Ce manque d’accessibilité, flagrant en France, Antoine l’a mesuré de nombreuses fois en constatant la différence lors de ses voyages en Europe. À Prague, par exemple, un chauffeur de bus n’a pas hésité à sortir une rampe improvisée pour que son véhicule devienne accessible. C’est donc de ces expériences multiples que l’association Accessible Mobility Europe est née. Un projet audacieux avec l’ambition d’harmoniser les bonnes pratiques à l’échelle européenne et répondre ainsi à un réel besoin de justice sociale.

« C’est un projet ambitieux mais ce n’est pas avec les choses simples qu’on avance » Antoine Durand

Aujourd’hui, l’association est à la recherche de bénévoles motivés et est en pleine levée de fonds pour organiser cet été le premier Congrès Européen sur la Mobilité Inclusive, qui devrait se dérouler les 10 et 11 juillet à Barcelone. Une première étape marquante et prometteuse pour éveiller les consciences sur l’accessibilité à grande échelle.


(1) Institut National des sciences appliquées
(2) Institut National de la Statistique et des Études Économiques

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