En vivant dix jours, en septembre 2013, au Liban dans un camp de réfugiés syriens, nous avons pu constater la tension sociale assez complexe de ce pays. Sans omettre de nouer des liens avec les Libanais vivants autour.

Lebanon-Goldfarb-3Du problème social des réfugiés syriens au Liban

Le système social est déjà assez complexe au Liban. A vrai dire au bord de l’explosion, car les différentes communautés, au nombre de dix-huit, ne se mélangent pas. Bien qu’en réalité, seulement deux religions sont présentes : l’Islam et le Christianisme. La religion juive étant peu présente dans ce petit pays.

Les deux religions présentes se partagent en quelque sorte le territoire et les grandes villes. On observe des subdivisions, surtout chez les Musulmans, qui se séparent en trois groupes distincts :

– Les Chiites, partisants d’un Islam clérical.

– Les Sunnites partissants d’un Islam sans véritable Guide Spirituel à part leurs prophètes.

– Les Druzes longtemps persécutés pour leur pratique de l’Islam influencée par certaines pratiques païennes. Ils croient en la réincarnation.

Le Liban est un pays sous tension perpétuelle. Avec bien évidement le jeu des intérêts géopolitiques. Toutes ces communautés sont influencées par les pays qui les entourent. L’Arabie Saoudite et le Qatar pour les Sunnites, l’Iran et la Syrie pour les Chiites de part le célèbre parti politique armé le Hezbollah, jusqu’à Israel, le grand ennemi du Liban, pour certaines communautés chrétiennes.

Il faut ajouter à cela le million de réfugiés palestiniens (suite à la création de l’Etat d’Israel) et le million de réfugiés syriens, conséquence de la crise actuelle. Tout en sachant que le Liban est quatre fois plus petit que la Suisse et que sa population n’excède pas plus de quatre millions de Libanais. Le Liban est un vrai fourre-tout… Pas besoin d’être un grand sociologue pour savoir que les tensions ne s’apaiseraient pas avec le million de réfugiés syriens en plus.

 carte camp syrien Deir ZenounPosition du camp. Carte Google Map

Voilà ce qu’il en est sur le papier. Voyons ce qu’il en est sur le terrain à présent. La réalité est multiple concernant les réfugiés car comme expliqué à l’article précédant, il existe plusieurs sortes de réfugiés Syriens, avec leurs propres rivalités. Parmi les réfugiés syriens qui n’ont rien, on compte une communauté de nomades – soit l’équivalent des Roms chez nous. Ils sont Syriens mais avec leurs propres traditions. Les autres réfugiés qui n’ont plus rien ne font pas partie d’une communauté particulière. Mais n’ayant plus rien, ils se retrouvent à vivre de la même façon que les nomades dans le camp.

Les réfugiés syriens nomades

C’est avec ces réfugiés que nous avons noué le plus de liens. Nous avons dormi dans leur camp durant toute une semaine, du 7 au 14 septembre 2013. Ce peuple venu de Syrie se déplace de camp en camp et vit dans des sortes de tentes bédouines de fortunes.

L’essentiel de leurs rapports avec les Libanais se faisait par la mendicité. Surtout pour l’eau car en camp, l’accès à l’eau demeure la principale carence. D’ailleurs, nous en avons nous même fait les frais, ayant dormi avec eux durant quelques jours. Ce n’est pas une question d’argent ici mais bien une question d’accès à l’eau. En fin de compte quand il n’y a pas d’eau, il n’y a pas d’eau ! Il faut donc absolument trouver une solution assez vite car les besoins en eau se font ressentir plus vite dans ces conditions. A savoir plus de 35°C le jour, dans la promiscuité avec des familles nombreuses et des enfants en bas âge.

A force de côtoyer ces réfugiés et les Libanais qui vivaient aux alentours du camp, nous nous sommes vite rendus compte que les relations entres ces deux entités étaient les mêmes que celles qu’entretiennent la communauté Roms en France avec nombre de Français. Pour faire bref, les Libanais les méprisent pour plusieurs raisons. Dont le fait de ne pas avoir d’égards pour la nature. Leurs détritus sont visibles partout auxabords du camp, avec les odeurs que cela peut engendrer. Ayant fait beaucoup de reportages sur la communauté Rom en France, nous sommes stupéfaits de voir une si grande similitude avec ces réfugiés syriens. Sans écarter d’autres similitudes comme le nombre d’enfants, les expulsions incessantes et les conditions de vie exécrables.

La précédente chronique : De Bombay à Damas

Safir Rachdia et Ziad Naili

La rédaction

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