Notre périple se termine à Damas où selon nos contacts sur place, la tension était redescendue depuis les bombardements, notamment à l’arme chimique. Notre parcours.

damas ou presque 

La Syrie mais à quel prix ?

En ce qui nous concerne, nous sommes passés en Syrie de façon légale. Mais les visas sont très difficile, voir impossible, à obtenir. Aussi beaucoup de personnes – des journalistes, des humanitaires, etc – traversent la frontière de manière illégale. Ceux-là prennent un double risque :

1) Etre arrêté par l’armée régulière et jugé, en toute légalité, pour avoir pénétré sur le territoire de manière illégale. Comme cela est le cas dans beaucoup de démocraties occidentales. C’est la plus grande menace. L’armée régulière dispose de barrages militaires très nombreux et de surcroit placés stratégiquement à l’entrée des villes.

2) Se faire enlever. Comme nous vous l’expliquions précédemment, la Syrie est un véritable bourbier. Al Qaida, le Hezbollah, les rebelles, tous ces acteurs peuvent être les instigateurs d’enlèvements. Cela a été le cas pour plusieurs occidentaux, dont de nombreux journalistes, pour des raisons « diplomatiques ». Vous connaissez la musique… On a d’ailleurs pu voir dans nos médias des images de témoignages et de torture.

En Syrie

Le Hezbollah est un acteur lié au régime Syrien de Bachar Al Assad, véritable force militaire armée par l’Iran. Tandis qu’Al Qaida est un groupe térroriste armé par l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui désirent la chute du régime Syrien pour des intérêts géopolitiques. Dont le gros projet d’oléoduc et de gazoduc destiné à alimenter l’Europe et à concurrencer le gaz Russe, principal fournisseur de l’Europe.

L’armée régulière est armée par la Russie qui a tout intérêt à ce que le régime Syrien reste stable. C’est pour cela que beaucoup d’équipements de télésurveillance et d’écoute sont founis au régime par des entreprises russes spécialisées dans ce domaine.

Les rebelles sont eux armés par la coalition US-France-RU qui soutient l’ASL, l’armée syrienne libre. Leur intérêt n’est pas seulement la défense du peuple Syrien.

Nous avons donc décidé de mettre toutes les chances de notre coté en obtenant l’autorisation de pénétrer le territoire via une association humanitaire. De plus, étant déjà basanés à la base, nous avons un peu laissé pousser la barbe pour paraître encore plus locaux. Sans compter le fait que nous parlons tous les deux arabe couramment. Et nous connaissons les us et coutumes des pays musulmans. Nous étions donc un minimum couverts, malgré les risques encourus.

La Syrie, un monde sans fin

L’atmosphère a été écrasante dès le passage du poste frontière libanais. Pour passer la Frontière Libano-syrienne, cela se passe de la manière suivante : Pour commencer, on ne peut pas passer de la Syrie au Liban en tout point. Seulement deux postes frontières sont ouverts toute l’année. Les autres ouvrent et ferment au gré de la géopolitique. Nous sommes passés via la frontière de Maasna, une ville Libanaise située entre Beyrouth et Damas.

S’offrent dès lors à nous deux postes frontières. Un côté Libanais et l’autre côté Syrien à une dizaine de kilomètres. Le premier poste est une formalité. Toute personne possédant un passeport peut passer. Un tampon de sortie du territoire Libanais est fait dessus. Vous pénétrez donc en Syrie et passez cette petite chaine montagneuse qui sépare les deux pays. Aucun avion ni hélicoptère ne la survole car des missiles anti-aériens jonchent cette chaine. Seulement le calme plat. Les mêmes questions vous rongent : « Sommes-nous en sécurité ? » « Qu’est-ce qu’il y a de l’autre côté ? » Alors que la chaleur du mois de septembre – près de 40°C – vous écrase.

Enfin on peut apercevoir un premier contrôle militaire. Deux ou trois blindés posés en bataille sur la route, avec une dizaine de militaires lourdement armés qui ne sont pas là pour rigoler, l’air sérieux et énervé. Les premières questions fusent : « Que faites vous ici ? » « Où allez vous ? ». Et gare à celui qui répond qu’il est ici pour des vacances. Après avoir passé ce barrage, voilà le véritable poste frontière. C’est ici que l’on présente son visa ou son autorisation de passer. En y passant, nous avons très vite compris que ces visas et autorisations ne valaient rien. C’est plutôt à la tête du client. Pour cela, nous ne sommes pas passés la première fois malgré notre autorisation.

poste frontiere de maasna libanLocalisation de Maasna, entre Beyrouth et Damas (Google Map)

Nous avons ainsi songé à passer la frontière de manière illégale. Mais même si nous nous fondions parfaitement dans le décor, les risques encourus étaient trop importants. Plusieurs personnes rencontrées en cours de route procédaient de la manière suivante :

Ils passaient le poste frontière libanais, comme nous. Une fois à cinq kilomètres du poste frontière syrien, ils soudoyaient leur taxi pour qu’il les laisse entre les deux postes avant la tombée de la nuit. Ils contournaient alors à pied durant la nuit le second poste frontière. En prenant le risque de se faire attraper ou tirer dessus par les gardes frontière, qui ont la réputation de tirer sur tout ce qui bouge. Et cela sans reparler des risques initiaux liés à la situation irrégulière dans le pays.

Mais nous n’avons pas eu à tenter cette méthode, le second passage étant finallement le bon. Nous nous sommes dirigés vers Damas, ou Sham pour les Syriens. Sur la route, alors que nous descendons la chaine de montagnes, nous pouvons voir à une trentaine de kilomètres au nord un des nombreux fronts de la guerre civile. Cela nous refroidi immédiatement. Il faut l’avouer. Durant un quart d’heure, nous avons rencontré barrage militaire sur barrage militaire.message portable frontiere

Une fois arrivés au port de Damas, un méga barrage se présente à nous. 14 chars et 40 militaires de l’armée régulière, armés jusqu’aux dents de grenades, fusils d’assaut M16, mitraillettes etc… On nous expliquera plus tard que la plus grande partie de Damas est sous le contrôle des rebelles à cette date – le 12 aoùt 2013. Mais que l’entrée par laquelle nous voulions passer le long du fleuve Barada était détenue par l’armée régulière.

Nous récupérons nos passeports au bout de plus de quatre heures et essuyons un refus d’entrer. Tout ce que nous pouvons voir ce jour là est que Damas, situé en contrebas, est une ville assez fluide. En tout cas la partie Est que nous voyons. Nous avons bien entendu quelques détonations, mais elles ne provenaient pas de la ville, où la vie semble assez calme, au moins du coté Est…

Par Safir Rachdia et Ziad Naili

La première chronique: Un blogueur au Moyen-Orient : De Bombay à Damas

Le précédent article : God bless Syriens

La méthode expliquée

Une vidéo du Dessous des cartes, sur la situation syrienne

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