Ce jeudi 27 septembre Hippolyte et Maud*, la vingtaine, comparaissaient devant le tribunal de Grande Instance de Lyon. Ils étaient poursuivis pour vol en bande organisée au préjudice de la Métropole de Lyon pour avoir démonté les dispositifs anti-sdf des bancs de la place Carnot en mai dernier. Cette action militante avait pour objectif de permettre aux sans-abris de sy allonger pour se reposer. Le Lyon Bondy Blog a suivi le procès et a recueilli les propos dHippolyte. 

Le procès des deux militants est la dernière audience de la journée de la chambre 7 du Tribunal de grande instance. Le juge rappelle les faits : le 8 mai 2018, vers 1h30 du matin, les deux jeunes gens, équipés d’une clef à molette, dévissent 10 accoudoirs des bancs publics de la place Carnot. Ils sont repérés par un agent de sécurité et seront arrêtés par la police.

 Le juge notifie que ce type d’action est répréhensible de par l’article 311-4 du code pénal, qui condamne l’appropriation frauduleuse du bien d’autrui.

Hippolyte et Maud* reconnaissent devant le tribunal les faits qui leur sont reprochés.

« Le tribunal doit être aussi lexpression dune conscience »

Bien que le juge admette que « les intentions sont louables », il souhaite les entendre sur le choix de l’illégalité de cet acte militant. Maud* explique : « on a nos actions légales en parallèle, mais ce quon a fait nous a semblé être une position directe ». En effet, les accusés sont engagés dans diverses associations qui organisent des maraudes et actions de sensibilisation au sans-abrisme. Cependant, l’inertie de la situation les a conduits à passer à l’acte par eux-mêmes. « Lintention n’était pas de nuire à la ville mais de donner à quelquun la possibilité de sallonger » rajoute la jeune fille. Si Hippolyte est clair quant à sa volonté de ne pas réitérer son acte, il ne le regrette pas. En effet, d’après lui « les autres actions qui existent ne sont pas efficaces () le collage daffiches na jamais résolu le problème ».

Le procureur de la République rappelle cependant que leur action a eu pour conséquence des coûts à la collectivité, qui seraient « autant d’argent en moins pour les sans-abris ».

L’avocat, maître Jean-Félix Luciani, va à l’encontre de cette conception dans sa plaidoirie : « le banc apparait pour certains comme le dernier refuge, on ne peut le confisquer au nom de la collectivité () largent public devrait être employé différemment ». Il explique également que le vol en bande organisée n’est pas relatif au mobile de l’action puisqu’il n’y avait pas volonté d’appropriation des arceaux par les militants. Hippolyte et Maud* comptaient apporter les arceaux de bancs devant la mairie de Lyon, en signe de contestation de la politique de celle-ci. L’avocat rajoute également face au tribunal : « la position qui est la nôtre est celle de la légalité, mais le tribunal doit être aussi lexpression dune conscience () or les bancs nont pas à être ce quils sont aujourdhui, plutôt que de traiter la misère, on la fait disparaitre de la ville ».

À l’issu du procès, les deux militants ont été reconnus coupables mais bénéficient d’une dispense de peine. La plaidoirie de l’avocat de la défense et  l’altruisme du mobile de l’action n’y sont sûrement pas étrangers.

Le mobilier urbain anti-sdf, un phénomène qui prend de lampleur

Si chaque année, l’arrivée du froid apparait être l’unique visibilité médiatique des sans-abris, leur précarité est bien réelle toute l’année. Autrefois, les dispositions politiques visant à marginaliser la précarité, comme les arrêtés anti-mendicités, étaient établies. Aujourd’hui, elles se font plus vicieuses, reléguant la question du sans-abrisme en la rendant invisible dans l’espace public. Le mobilier urbain anti-sdf, en nombre exponentiel depuis une vingtaine d’années dans les grandes villes, est expérimenté par les décideurs urbains et publics. L’ampleur du phénomène et les dispositifs ont notamment fait l’objet d’un travail photographique du collectif The Survival groupe.

La métropole de Lyon est à l’origine de certaines de ces installations, alors même que cette dernière a perçu des financements cette année pour être laboratoire d’essai du plan Logement dabord et lutte contre le sans abrisme, de la délégation interministérielle à l’hébergement et pour l’accès au logement (DIHAL) de juillet 2018 (projet visant à mettre fin au sans abrisme sur le principe du Housing First).

La réponse de la Métropole de Lyon concernant le plan de lutte contre le sans-abrisme à Lyon

Les dispositifs anti-sdf font régulièrement l’objet de polémiques et divers acteurs s’en firent les dénonciateurs, permettant parfois leur retrait. Mais, las des signalements et campagnes qui ne résolvent finalement pas le problème, la veille du procès, Hippolyte expliquait au Lyon Bondy Blog les raisons qui l’ont poussé à agir.

 Son témoignage est à écouter ici :

 

Une carte collaborative de signalement des dispositifs anti-sdf est disponible sur le site de Rue89 Lyon.

 

 *dans un souci d’anonymat, ce prénom a été changé