La montagne : voilà ce qui fait vibrer Ned Bouadjar, cet alpiniste lyonnais qui a récemment escaladé l’Everest.

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J’ai eu la chance de rencontrer récemment Ned BOUADJAR. Ce fameux alpiniste est né à Lyon en 1962. Il est issu d’une famille originaire d’Arzew, tout près d’Oran, en Algérie. Ce père de famille, passionné depuis toujours par l’alpinisme, est responsable de sécurité dans une résidence universitaire et vit actuellement à Pierre Bénite. Entretien.

D’où vous est venue cette passion pour l’alpinisme?

NB:”Elle remonte à mon enfance. J’ai le souvenir quand j’avais 9 ans d’être monté sur le toit de la maison parce que j’avais besoin de voir le monde d’en haut.”

Et depuis combien de temps pratiquez-vous cette discipline ?

NB:”Depuis une quinzaine d’années. J’ai été formé par le Club alpin français de Lyon, dans lequel j’ai suivi une formation très poussée, puisque j’ai été encadré par le grand alpiniste de réputation mondiale Bernard Muller. A Lyon, on a la chance d’être à proximité des Alpes, qui est un relief que le monde entier nous envie. Je ne fais pas de l’alpinisme pour l’argent, je ne suis qu’un amateur, et non pas un professionnel, même s’il est vrai que j’ai un niveau professionnel. Je me suis engagé depuis 2004 dans le challenge des seven summits (sept sommets en anglais) qui consiste à escalader les sept plus hauts sommets sur Terre.”

Etes-vous sponsorisé ?

NB:”Bien sûr, mes moyens personnels ne me permettent pas de financer de tels défis. J’ai été sponsorisé par des grands groupes français comme Suez, La Lyonnaise des Eaux…Le dernier défi que j’ai accompli a été de parvenir au sommet de l’Everest, ce qui a coûté 35000 euros…En tant qu’amateur il m’a été difficille de convaincre les sponsors. Dans le passé, l’ancienne maire de Pierre Bénite, Mme Elmalan, a beaucoup appuyé mes demandes auprès d’eux. J’ai aussi été sponsorisé par Sonatrach, une grande entreprise algérienne, en 2004, pour escalader le Mont Blanc.

 

Quels sommets avez-vous escaladés ?

NB:”L’année dernière j’ai escaladé le Mont McKinley en Alaska, mais je n’ai pas réussi à atteindre le sommet à cause de la tempête. Sinon, ma dernière expédition est très récente puisque j’ai atteint le sommet de l’Everest le 24 mai dernier à 9h du matin. Il s’agit de la première expédition française en 2010. Bernard Muller a été mon coach. Il était basé sur Chamonix et me donnait les infos météo par téléphone satellite. C’est vraiment la montagne la plus difficile, d’autant plus que je l’ai escaladée par son versant nord, du côté tibétain, qui est loin d’être évident à parcourir. Une tempête a balayé mon camp de base à 6400 mètres. J’ai aussi perdu un crampon à 8300 mètres d’altitude. Ca a fait la une des journaux. J’ai dû ficeler ma chaussure avec de la cordelette, pour qu’elle adhère mieux à la neige. J’ai l’honneur d’être le 3721 ème être humain à avoir fait l’Everest, le premier Franco-algérien, ainsi que le premier Lyonnais. Cette expédition a été pas mal médiatisée. Je fais aussi partie de l’Elite internationale des alpinistes de moins de 4000 membres.

En 2012, je partirai pour l’Australie pour escalader Carstenz. Je serai ainsi le 312 ème summiter à avoir bouclé le challenge des seven summits que sont l’Everest, le McKinley, le Kilimandjaro, Carstenz, le Mont Vinson, l’Elbrus et l’Aconcagua.”

Quelle est pour vous la principale qualité d’un alpiniste?

NB:”Accepter la notion de la mort. L’Everest, par exemple, est une montagne qui impose le respect. Elle est impressionnante quand on la voit. Je tiens à ajouter qu’il faut aujourd’hui compter l’Algérie auprès des nations qui ont conquis ce sommet. Je me sens tout aussi bien représentatif de mon pays d’origine que de mon pays d’adoption. A chaque sommet que j’ai atteint, j’ai planté les drapeaux européen, algérien et français. Par ailleurs, l’Algérie sera mon partenaire lors de ma prochaine expédition en Antarctique en 2011. Je serai ainsi le premier musulman à mettre les pieds en Antarctique.”

Vous arrivez à concilier l’alpinisme avec vos vies professionnelle et familiale ?

NB:”Oui. D’un point de vue professionnel, l’Education nationale me sponsorise en me donnant des congés payés à chaque expédition. D’un point de vue familial, mon épouse est mon compagnon de cordée. Elle me fait des repas spécifiques car je suis un régime draconien conçu par les médecins du sport. Je dois avoir un indice de masse corporel important, et mes muscles ne doivent pas avoir davantage de volume, car ils absorbent de l’oxygène en altitude. Le problème est que mon épouse ne veut pas que mes trois fils fassent de l’alpinisme car c’est un sport dangereux. Seul mon fils Hedy fait un peu d’escalade. Moi je pense que dans la vie il faut apprendre pour transmettre.”

 

Que tirez-vous humainement de toute cette expérience?

 

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NB:”Je retiens que la montagne m’a fait grandir, et qu’il faut rester humble. De plus, quand on a un rêve, on peut y aller jusqu’au bout. Mon slogan est “l’esprit élève l’homme, mais la montagne le grandit”. J’essaie aussi de sensibiliser les jeunes au réchauffement climatique, car quand on voit qu’au Kilimandjaro les glaciers n’arrêtent pas de fondre alors que c’est la principale source d’eau potable pour les autochtones, il convient de tirer la sonnette d’alarme. Ces glaciers auront entièrement fondu dans 20 ans ! Les alpinistes sont les témoins directs du réchauffement, qui est un grand problème pour l’humanité. Je tiens à préciser en outre que je vais écrire un livre que j’appellerai “Le smicard des cimes”, pour expliquer aux lecteurs que même avec un smic, on peut atteindre les toits du monde.”

Aïcha Bouizem

La rédaction

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