@Aides / L’association Aides devant le Palais de justice.

Moussa Garama, un jeune guinéen de 28 ans a été convoqué devant le tribunal correctionnel de Lyon, vendredi 4 mai pour avoir refusé, la veille, de monter dans l’avion qui devait le reconduire à Conakry, en Guinée. L’histoire et la situation du jeune homme ont suscité beaucoup d’émotion et de soutient. Son procès ayant été reporté le 12 juin prochain, il est pour l’instant en détention provisoire à la prison de Lyon Corbas.

Arrivé en 2015, le jeune guinéen n’avait qu’une autorisation temporaire de travail. Il a ensuite fait sa demande de droit d’asile en 2017, qui a été refusé. Cet artiste acrobate est aussi militant de l’association Aides dans la ville de Nîmes, où il vit. Depuis 2017, son visa est arrivé en expiration et, il souhaite que sa demande de droit d’asile soit réexaminée par l’Office de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA). Mais, sous le coup d’une procédure d’expulsion du territoire français, il a été placé pendant une quarantaine de jours, en mars dernier, en centre de rétention administrative (CRA) à Nîmes. Il a ensuite été transféré à Lyon pour embarquer dans un avion en provenance de l’aéroport Saint-Exupéry en destination de la Guinée. Moussa refuse de monter dans l’avion car le jeune guinéen dit « avoir trop peur de rentrer ». Ce refus lui a valu une convocation immédiate devant le tribunal correctionnel de Lyon vendredi dernier. Le procès a finalement été renvoyé au 12 juin, et depuis, Moussa a été placé en détention provisoire à la prison de Lyon Corbas où il devrait y rester un mois. Il risque un an de prison et jusqu’à 15 000 euros d’amende pour avoir refuser d’embarquer dans l’avion pour retourner chez lui, en Guinée, où il risquerait 3 à 5 ans de prison, mais aussi la mort.

« Moussa n’a rien à faire devant la justice »

Une militante de l’Aides présente au Palais de justice nous a partagé sa colère « Moussa n’a rien à faire devant la justice. On est présent pour montrer qu’il n’est pas seul et que la communauté gay-friendly est derrière lui pour le soutenir ». Depuis sa détention provisoire, les militants de l’association de l’Aides de Nîmes, dans le Gard, s’opposent à l’expulsion de l’un des leurs. Ils ont publié un premier communiqué le 30 avril sur leur compte Twitter.

 

@Twitter Aides / Communiqué de Aides publié sur le site le 30 mai 2018.

Une arme : la pression médiatique

Des manifestations et des veillés nocturnes ont été organisées pour que Moussa reste en France. Le but étant aussi d’interpeller le Président Emmanuel Macron sur les conditions d’expulsion concernant la loi d’asile et d’immigration pour les homosexuels. Dans certains pays, l’homosexualité est encore considérée comme un crime et certains peuvent se retrouver dans des conditions dangereuses. Pour lutter face à ces conditions, Aides demande « une protection de l’Etat pour toute les personne gay, bi, lesbienne ou trans venant de pays notoirement homophobes et dangereux, et celles menacées en raison de leur orientation sexuelle, leurs pratiques ou leur identité de genre ». Mardi 1er mai avait déjà eu lieu une première manifestation avec quelques 200 personnes devant le centre de rétention de Nîmes où se trouvait Moussa. Plusieurs personnalités ont apporté leur soutient dont la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, mais aussi Benoit Hamon et Olivier Faure, premier secrétaire d’Etat du Parti socialiste, sans compter le soutient d’associations comme Act’up Paris et Sos Homophobie.

 

@ Twitter Benoit Hamon / Tweet de Benoit Hamon sur l’affaire Moussa.

 

@Twitter Olivier Faure / Tweet d’Olivier Faure sur l’affaire Moussa

Le compte Twitter de l’association Aides informe le grand public en continu sur toutes les dernières avancées de l’affaire Moussa, qui semble encore loin d’être tiré d’affaire. Dans la matinée du Vendredi 5 mai, la préfecture du Gard a partagé un communiqué où il soulignait que « L’examen des risques qu’encourt une personne du fait de son homosexualité dans son pays d’origine relève de la demande d’asile. L’Office français de protection des réfugiés et des apatrides, comme la cour nationale du droit d’asile, ont rejeté sa demande d’asile en estimant que les craintes de persécution exprimées par l’intéressé du fait de son homosexualité ne pouvaient être regardées comme fondées. » Des mots jugés très durs par tous ceux qui se mobilisent depuis plusieurs semaines pour que Moussa reste en France.

 

@ Twitter Aides / Le compte twitter de l’association Aides publie régulièrement sur l’avancée de l’affaire du jeune Guinéen.

 

Interrogé par la rédaction, Matthias Thiebaud, chargé du plaidoyer étranger de l’Aides est revenu pour nous sur cette affaire.

Pourquoi est-il important pour l’association de soutenir Moussa Garama ?

« L’association Aides est déjà engagée depuis un moment pour la cause des migrants mais il est de plus en plus important pour nous de soutenir les migrants faisant partie de la communauté LGBT. Il est important de les soutenir en raison de leur précarité administrative. Selon leur lieu d’origine, ils peuvent être vulnérables. Avec notre association, on peut leur donner un accès au droit et aux soins. »

Sur Twitter, le communiqué, que vous avez partagé, a été retweeté par de nombreuses personnalités, dont des personnalités politiques (Benoit Hamon, Olivier Faure, etc…) et vos manifestations ont été largement partagé par les médias : est ce que vous avez eu l’effet médiatique escompté ?

« La médiatisation de cet engagement sur les réseaux sociaux et les médias nous a permis une visibilité. Mais, le fait que plusieurs personnalités politiques, dont Anne Hidalgo et Benoit Hamon retweetent notre communiqué va nous permettre d’avoir une visibilité par rapport à notre avis sur la loi d’asile et d’immigration. En effet, la réforme de la loi d’immigration durcit les rythmes d’accueil et du délai de demande d’asile. On est inquiet de cette réduction de délai car pour ceux qui viennent de pays qui punissent et condamnent les homosexuelles, et cela peut être dangereux pour eux s’ils retournent dans leur pays. »

Vous vous opposez notamment à la loi asile et immigration qui va être mise en place par Emmanuel Macron et vous demandez « une protection de l’Etat pour toutes les personnes venant de pays notoirement homophobes et dangereux, et menacées en raison de leur orientation sexuelle, leurs pratiques ou leur identité de genre », avez-vous déjà eu des retours du gouvernement ?

« Il faut savoir qu’en France, le système d’accueil compte plus de 100 000 demandes d’asile en 2017, et un taux d’accord par l’OFPRA de 27 %. Le nombre de titre de séjours a baissé de 37% entre 2016 et 2017. On espère avoir une réaction du gouvernement car le projet de loi « asile et immigration » ne prend pas en compte aussi les conséquences qu’elle peut avoir sur la santé des migrants. Avec ce projet de loin, ils auront de moins en moins accès à leur droit de séjours pour soins et, le juge pourrait rallonger leur rétention de 90 à 135 jour s’ils ont besoin d’un accès à un médecin. C’est un enjeu de santé publique, à ce jour 49% des migrants présents sur le territoire français sont séropositifs. »

Quels sont vos projets par la suite pour soutenir Moussa à l’arrivée du prochain procès ?

« Nous allons continuer notre pression médiatique. Pour le reste, cela revient à la stratégie de l’avocate de Moussa Garama. Pour cela, il faudra attendre le 12 juin.»