Il y a deux semaines se tenait à Lyon la 18ème édition du festival « Cinémas du sud », un événement sur le cinéma du Maghreb et du Moyen-Orient en présence des réalisateurs. L’occasion de se plonger dans un paysage cinématographique culturellement riche, et malheureusement encore très absent des salles françaises.

Une riche programmation

Algérie, Égypte, Liban, Maroc, Palestine, Israël, Syrie, Tunisie : cette année encore, la volonté de mettre en lumière la pluralité du cinéma contemporain de ces régions était de mise. L’Institut Lumière a ainsi accueilli du 25 au 28 avril les projections de 9 films, parmi lesquels des documentaires, comédies, fictions, mais également des films plus politiques. Le cinéma est un moyen de témoigner, d’offrir un regard sur une réalité souvent complexe. Le cinéaste permet de porter une autre approche de la situation géopolitique.

Le festival s’est ouvert cette année sur un temps fort avec le film Personnal Affairs, de la cinéaste israélo-palestinienne Maha Haj, qui dresse ici un portrait de couples palestiniens, tiraillés entre leurs rapports personnels au quotidien et l’omniprésence des frontières.

La majorité des films sélectionnés dépeignent ainsi la vie quotidienne des personnages, sur fond de tableau de la société du pays dans laquelle elle s’inscrit. Le fait d’avoir un aperçu de la situation d’un pays à une échelle plus personnelle aide le spectateur à se figurer une réalité qui lui parait souvent lointaine et inconnue, mais à laquelle il s’identifie finalement aisément.

Le panorama d’œuvres à l’affiche souhaite éveiller la curiosité du spectateur et l’invite à la découverte d’une multitude de cultures trop souvent caricaturées en une seule. Les films projetés, au contraire, traitent subtilement des dynamiques contemporaines du Maghreb et Moyen-Orient. Suivant cette idée-là, le touchant A Memory in Khaki du cinéaste syrien Alfoz Tanjour, propose une critique poétique mais édifiante du régime syrien et nous donne à voir la Syrie d’avant-guerre.

Affiche de l’édition 2018 du festival, image tirée du film “Cactus Flower” de la réalisatrice égyptienne Hala Elkoussy

Promouvoir l’ouverture culturelle

Le public a afflué durant les 4 jours du festival, les salles de projection étaient presque toujours combles. Certains spectateurs suivent même le festival assidûment depuis sa création il y a 18 ans. En effet, si les films proposés sont diffusés dans les festivals internationaux de cinéma et y ont obtenus des prix, ils restent rares pour le grand public car encore peu distribués. Le directeur artistique et créateur du festival, Abdellah Zerguine, explique qu’ils sont encore peu mis en avant : « le cinéma arabe je trouve qu’il est très peu diffusé, d’une part dans les circuits cinématographiques, voir même également sur les chaînes de télévision (…). Les médias devraient faire davantage, je pense, pour montrer ces films, d’un point de vue culturel certes, mais au nom de la diversité ».

Le festival « Cinémas du sud » fut l’un des festivals précurseurs à promouvoir en France le cinéma du Maghreb et du Moyen-Orient, puisque la première édition a eu lieu en 1999.

L’association « Regard sud », dirigé par Abdellah Zerguine et Farida Hamak, avait alors souhaité transposer à l’échelle d’un festival de cinéma la logique de l’association : la mise en lumière d’artistes connus ou émergents de ces régions. Cette démarche se veut également citoyenne puisque le cinéma permet de créer du lien social, avec les artistes mais aussi avec un public de plus en plus diversifié. « Le cinéma qui est un art populaire permet cette ouverture-là. » affirme Abdellah Zerguine.

Une ouverture qui prend de l’ampleur puisque les festivals de cinéma les plus reconnus, comme Cannes ou Berlin, tendent de plus en plus à sélectionner et diffuser des films du Maghreb et du Moyen-Orient. La renommée des festivals laisse espérer que le cinéma de ces régions puisse progressivement se faire une véritable place dans le paysage cinématographique.