Cette année nous voulions vous emmener en Jordanie puis en Syrie, au plus proche des camps de réfugiés syriens. Mais une fois en Syrie, le calvaire nous attend. Retours sur les faits.

 

Nous voilà au début de 24 heures de calvaire. Nous sommes en expédition à la recherche d’un camp de réfugiés assez peu connu près de la frontière Israelo-Syrienne près du plateau du Golan, lorsqu’une patrouille israélienne nous contrôle.

Au vu de certains tampons de nos visas notamment Iranien et Libanais, ils décident de nous amener dans leur base pour un interrogatoire. Une fois arrivés au centre de rétention, une succession d’interrogatoires nous attend. Les premiers, plutôt light, en tête à tête avec de belles militaires Israéliennes. Les interrogatoires suivants sont plus virulents face à un agent déclaré du Mossad (les Services secrets israéliens) grand, musclé et surtout discrètement armé sous des vêtements larges. Les interrogatoires durent 8 heures (de 10 h à 18 h, température de 42 °C) sachant que le matin même nous nous sommes réveillés à 3 h 45, en pleine nuit noire, pour traverser 10 km de désert, seul moyen pour nous d’accéder au camp de réfugiés suivant.

Des interrogatoires bien ficelés

Les techniques d’interrogatoires sont les suivantes : à chaque interrogatoire, une fiche de réponses est ensuite établie. Dès l’interrogatoire suivant, les informations sont redemandées par l’interrogateur suivant (ou par le même interrogateur) mais cette fois-ci à notre collègue.

Le croisement des informations permet de mettre le doigt sur les incohérences. Plus il y a d’incohérences entre les interrogatoires personnels et celui de son collègue, plus les interrogatoires sont virulents autour des réponses pour lesquelles l’interrogateur soupçonne le mensonge.

Notre situation est la suivante : nous ne devons pas dire que nous sommes journalistes parce qu’ils en ont horreur. Nous devons simplement expliquer que nous sommes en trek dans le désert et qu’il arrive souvent de se perdre dans le désert. Les interrogatoires se passent plutôt bien les trois premières heures, l’un d’entre nous n’étant pas anglophone, croiser les réponses entre nos deux interrogatoires leur était simplement impossible.

safir proche orient

Les interrogatoires se sont corsés dès que l’agent du Mossad s’est mis à trifouiller notre Facebook. Le principe de notre mission étant d’informer en direct nos lecteurs via le Lyon Bondy Blog en y affichant notre périple, c’est à ce moment-là qu’il met la main sur nos activités de journaliste. Ce fut une grosse erreur de notre part. Dès lors c’est reparti pour quatre heures d’interrogatoire stressant et virulent. Des questions étranges du genre : Dans quels domaines êtes-vous fort ? Combien de tractions êtes-vous capable d’effectuer ? Et j’en passe.

Près de 8 heures après avoir mis les pieds dans la base, les militaires israéliens nous remettent aux autorités jordaniennes. Après deux heures d’interrogatoire chacun, les douaniers Jordaniens nous relâchent et nous déclarent persona non grata en Jordanie (24 h pour quitter le pays).

Nous devons donc quitter le pays. Nous voulons nous rendre dans les camps de réfugiés au Liban mais les militaires israéliens ont apposé une mention sur notre passeport. Celle-ci nous empêche de nous rendre dans beaucoup de pays arabes. À moins de changer de passeport. Nous voilà alors 24 h plus tard au Caire (Égypte) complètement épuisés mais soulagés, simplement sur le retour…

 

 

Dessin de Kosake Churchmann

La rédaction

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