Nous revoilà pour le deuxième épisode de notre immersion dans l’usine de surgelés. Ce travail, qui consiste à charger des palettes dans des camions à l’aide d’engins spécifiques, requiert le CASSES, un permis. Cette formation était alors inévitable.

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Une formation riche en rencontres

La formation se déroule sur deux jours, dans un organisme lyonnais. Le matin de mon arrivée, je rencontre Tony et Sylvain, deux jeunes caristes depuis plus d’un an désirant passer la formation dans un souci de sécurité. Même si leurs employeurs les laissent utiliser ces engins pour leur faciliter le travail. Dès lors, je me rends compte que j’ai bien fait d’insister auprès de la direction.

Je passe la matinée à déconner avec eux en faisant des QCM. En effet, la formation est sanctionnée par deux
épreuves, écrite et pratique. L’épreuve écrite et un QCM à questions éliminatoires, mais relativement faciles avec un minimum de sérieux. Après cette matinée détendue entre jeunes, l’après-midi est réservé à la pratique : « La conduite des machines ». Différentes machines sont disponibles selon que l’on passe la CASSES 1, 2, 3, 4 ou 5. Le 1 suffira à me rendre nettement plus efficace dans mon usine.fenwik

Je rencontre ensuite Hassan, 52 ans, un ancien pilote d’hélicoptères dans l’armée afghane. Il me confie avoir postulé à l’aéroport de Bron. Mais il a essuyé un énième refus. Il décide de se convertir et de faire les demandes à Pôle emploi pour lui financer le CASSES 4. Le prix de la formation est de 150 euros par niveau de CASSES.

Cet après-midi, je rencontre Ziad, 22 ans, un jeune de la banlieue lyonnaise. Après avoir déconné avec lui et Tony et Sylvain, il nous dit s’être inscrit de son plein gré à cette formation et avoir payé avec ses propres deniers la formation des CASSES 1,3 et 5. Soit 450 euros de sa poche. Je lui demande alors de quoi il tient sa motivation, car il est difficile pour des jeunes de banlieue de son âge d’avoir une démarche volontariste après tout ce qu’ils peuvent vivre : délinquance, cloisonnement social, mise à l’écart. Il me répond qu’il veut s’en sortir et qu’il sait qu’il faut qu’il parte d’en bas, n’ayant pas réussi à achever ses études. Dans un premier temps, je suis ému de cette volonté louable parce que je suis issu du même milieu social. En le regardant, je sais à quel point il est difficile de se relever et de garder la tête haute dans une société qui nous rappelle sans arrêt d’où l’on vient.

Une formation truquée

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À la fin de ces deux jours de formation théorique et pratique, il est l’heure des examens finaux. L’épreuve pratique est assez rigoureuse. Il faut effectuer des manœuvres avec les machines, on doit passer dans des espaces « trou de souris ». Cela sans faire tomber les quilles aux abords de la piste.

En revanche en ce qui concerne l’épreuve théorique « papier », nous étions dans une salle sans surveillance. Tout le monde pouvait se concerter pour connaître la bonne réponse, d’où l’utilité d’avoir noué des liens amicaux avec les élèves. Cependant, pour les plus nuls d’entre nous qui ont raté l’épreuve, le correcteur passe au-dessus et leur délivre le certificat d’aptitude quand même. La concurrence entre les organismes de formation est telle que si les élèves ne ressortent pas forcément avec le certificat, les intérims et entreprises se tourneront vers un autre organisme capable de délivrer le certificat plus facilement. Et avec lequel ils ne perdront pas leur argent.

 

La première chronique de l’immersion de Safir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La rédaction

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