Pur produit du rap Lyonnais depuis 15 ans, Robin CONSIGNY plus communément appelé «Robse» sort un nouvel album intitulé  “La Vie d’Ma Mère”. Il a décidé de répondre à nos questions avec plaisir et franchise. Décontracté et en confiance, le rappeur originaire de Kabylie par sa mère et de la Meuse par son père se livre sur son album, ses projets, le graffiti et sa passion pour le hip-hop. 

Depuis vos débuts vous avez accumulé plusieurs surnoms comme Robse, Robstory etc. D’où vient votre nom et que cela signifie pour vous ?

Au début c’est venu du monde du graffiti. Je m’appelle Robin et il fallait que je trouve des lettres qui soient «calligraphiquement enchaînables» rapidement et facilement. Ce nom est également un clin d’œil à mes origines puisque « Robse » en Arabe veut dire «le pain».

Vous avez été pianiste, danseur hip-hop avant de vous lancer dans la musique. Est-ce que ces mondes ont influencé votre musique ?

Évidemment ! Le fait d’avoir fait du piano durant ma jeunesse m’a beaucoup aidé dans le rap pour développer ma musique. Je ne suis pas non plus cadré sur une seule discipline. J’aime le changement et rester sur une discipline durant un ou deux mois ça me gave ! 

Je préfère être complet, bien que je mette plus l’accent sur le rap et le graffiti. Je me considère comme un peu touche à tout et c’est cette polyvalence qui m’intéresse le plus. 

Le rap et le graffiti sont deux mondes similaires, pour vous, quel est le lien de cette culture ? 

C’est le mouvement hip-hop ! A la base il y avait du graffiti, de la danse hip-hop du djing et aussi du Rap. Ce sont ces 4 disciplines qui ont un noyau et un mouvement similaire. Moi je n’ai fait que suivre ça parce que j’adore cette mentalité et ces idées.

On a pu voir dans vos clips que l’univers est assez sombre et mélancolique, pourquoi avoir choisi cette thématique pour représenter votre musique ?

Ce n’est pas un choix, cela s’est fait par défaut. Pour moi, le graff et le rap sont des exutoires et non des choses pour m’amuser. Le rap est un peu comme mon psychologue sauf qu’au lieu de m’allonger sur un divan, j’écris mon texte. Pour mes peintures c’est pareil, si je sens que je vais exploser et que j’ai besoin d’air pur je vais peindre. Dans cette optique de défouloir, on peut dire que c’est le démon qui sommeille en moi que je fais ressortir. Tout ce qui concerne le positif, je le garde à la maison pour mes proches. 

Pour le moment vous composez avec les membres de «l’Animalerie», y a-t-il une volonté de continuer à produire tous ensemble ou l’indépendance vous tente de plus en plus ?

J’ai collaboré avec Oster Lapwass pour  “Colibri”, on a tout fait ensemble sauf les textes que j’ai moi-même écrits ! Que ce soit les productions ou même les instrumentales, on l’a fait à 2. Pour ce qui est de l’Animalerie, c’est un collectif, c’est-à-dire que ce n’est pas un environnement fermé. Par exemple je prépare un autre Album avec un autre Beatmaker , mais je ne compte pas me détacher de L’ANIMALERIE pour autant, des Lives à la rentrée sont prévus avec Oster Lapwass, ainsi qu’un album en préparation.. l’histoire continue .. !! 

Votre écriture représente beaucoup la rue et dénonce ses aspects, que cherchez-vous a dénoncer à travers ces textes ?

Déjà j’essaye au maximum d’enlever le côté politique de mes sons ! Je ne veux pas rentrer une morale idéale à suivre. Cela ne me correspond pas ! Je préfère dire ce que je pense et ce que je ressens dans l’instant présent. Il n’y a pas de direction claire et précise où je veux emmener les gens. Le côté rue qui se dégage de ma musique est une part de ma famille avec d’un côté ma mère pour l’immigration algérienne et de l’autre un côté plus campagne par mon père qui est né dans la Meuse. Je me considère vraiment au milieu de ça et c’est ce que je cherche à revendiquer. Je ne veux pas faire de différence entre la rue et la campagne. Ce que j’ai envie de prôner c’est qu’on peut tous s’entendre à travers un support, que ce soit la musique ou même le sport. Je veux une image de fraternité et de solidarité. Je ne revendique pas comme un gros rappeur, si les autres rappeurs veulent être comme les grandes enseignes, moi je me vois encore comme le “petit producteur local”.

A travers vos sons on ressent une critique envers la société, quel est votre avis sur la période que l’on vit ?

Tout en évitant un discours moraliste, chacun fait ce qu’il a pu faire quand il a pu le faire. Je n’ai aucun jugement de valeur sur les gens mais je pense que l’Humanité gagnerait à être plus réfléchie et plus juste dans sa vision si on était tolérant. J’ai plus de respect pour un smicard qui offre une baguette de pain à un clochard plutôt que quelqu’un qui gagne 6000 euros par mois et qui lui offre un billet de 10 euros. C’est une histoire d’échelle et de reconnaissance. Je pense que plus on a les moyens, plus on a du temps, plus on se doit de faire attention à des gens qui sont plus en difficulté que nous. Un pauvre va avoir moins le temps de faire un discours politique et de faire des manifestations. Pour moi les gens qui ont le temps d’aller faire des manifestations, de sauver le monde et de critiquer la société, ils ont les moyens et le temps nécessaire. Je pense qu’on se doit d’avoir conscience de ça et pour le moment je pense qu’on ne le sait pas encore assez ! Et c’est ce que je revendique non-intentionnellement. 

Quand on voit votre univers on peu le comparer un peu à celui du rappeur Vald pour sa mélancolie, est-ce que vous avez des rappeurs qui vous influencent au quotidien ?

La comparaison est rapide et je ne pense pas être dans le “même style” que Vald, j’ai un tas d’inspiration, je pense qu’un artiste est influencé par ce qui l’entoure ! Il s’en sert en fonction de ses envies. On n’a rien inventé, on est tous influencé par quelque chose. Pour ce qui est de mes influences, je suis un vrai fan de hip-hop. J’écoute de tout en Rap Français. Je me considère vraiment comme un sportif qui est en admiration devant un geste technique et qui va tout faire pour le réussir à son tour mais à ma manière. Je m’inspire de tout ce qui s’offre à moi. Après c’est vrai que c’est le côté sombre et mélancolique de la rue qui fait ressortir une teinte non pas noire mais bleu foncé et j’aime ce contraste clair obscur.

On sait que Lyon est un gros vivier de rappeurs, notamment avec l’Allemand qui est un pur exemple de la réussite de la street lyonnaise, est-ce-que pour vous c’est un exemple de réussite et pourquoi pas un jour faire un son 100% Lyonnais ?

Carrément ! Après il faut avoir le budget et les gens qui suivent. J’ai déjà une grosse équipe mais il me faudrait une équipe plus grandes ..  d’amis et de gens de confiance qui sont là et qui m’aident à progresser. Mais c’est grâce à mes réalisations que je me rends compte de mes faiblesses. Après la production de cet album, je me suis rendu compte qu’il me manquait du monde à la communication mais aussi un manager etc. Il me manque 2-3 personnes pour proposer tous mes projets et me faire une place dans le milieu du rap. Je suis preneur !

Nous venons de traverser une crise sanitaire délicate avec le coronavirus, est-ce-que cette situation a influencé votre musique ?

Bien sur, j’ai réalisé une série de clips sur mon compte Youtube. Pour ce qui est de mon quotidien, cela ne m’a pas tellement impacté puisque j’étais confiné dans un petit village de campagne. Je n’ai donc pas ressenti le même stress que à Lyon. Par contre, artistiquement parlant, cela m’a fait exploser ! Comme je l’ai dit plus tôt, je m’inspire de tout ce qui se passe autour de moi. Je pense que cette période a inspiré beaucoup. De manière générale, on est souvent plus amené à créer dans la difficulté et la galère plutôt que quand tout va bien. 

En plus des projets que vous travailliez en ce moment, avez-vous des envies ou des projets pour vous développer musicalement parlant à l’international ?

International pourquoi pas mais pas pour l’instant. A mon niveau, le national c’est très bien. Je prends les choses step by step et bien sûr mon but c’est d’ouvrir au maximum le champ des possibles et même pourquoi pas à m’ouvrir à autre chose que du rap. Je suis chanteur aussi, conjugué au fait que je suis pianiste, le champ des possibles est infini et je m’ouvre à tout tant que ça me plaît et qu’il y a moyen de partager ça avec un maximum de gens c’est avec grand plaisir !