Dimanche 21 octobre avait lieu la séance de clôture du festival Lumière à la Halle Tony Garnier. L’évènement, qui fêtait sa décennie, est un incontournable moment de cinéma dans sa ville mère. Loin des paillettes cannoises, l’idée est d’en faire un festival accessible au public, et résolument tourné vers l’art cinématographique. Jane Fonda, lauréate du prix Lumière 2018, aura marqué l’après-midi.

 

La séance de clôture a débuté par un discours de conclusion de cette édition par Thierry Frémaux, directeur et initiateur du festival. Ce dernier est revenu sur les temps forts d’un festival marqué par la présence de nombreux réalisateurs et acteurs internationaux. Il a tenu à souligner le principe de l’évènement, à savoir la possibilité de plonger une semaine au cœur du cinéma d’auteur. Une revisite qui ne se limite pas au festival, comme le directeur de l’institut Lumière le souligne : « on peut voir du cinéma classique tout le temps ». Certains films d’époque sont cependant ressortis pour l’occasion en version restaurée, grâce au travail d’orfèvre des restaurateurs de films en France.

Baisser du rideau de la 10èmeédition

Le festival est également rendu possible de par une importante équipe de bénévoles, invités pour la clôture à monter sur la scène de la Halle Tony Garnier. Ils sont plus de 700 pour cette édition et le profil est intergénérationnel, allant du retraité passionné jusqu’à l’étudiante en cinéma. Le festival Lumière met en avant ses bénévoles dans une volonté affichée de revendiquer l’esprit familial de l’évènement.

À l’issue d’un petit film hommage à sa carrière de 50 ans de cinéma, Jane Fonda s’est ensuite exprimé une dernière fois face au public. « C’est un festival où il n’y a pas de compétition, seulement l’amour du cinéma » s’est réjouie l’actrice. Jane Fonda, qui venait pour la première fois à Lyon, a dépeint une ville « pleine de passion ». Elle a tenu à raconter le festival en racontant la ville : « je pense que c’est intéressant de voir sa propre ville par les yeux de quelqu’un d’autre ».

Si l’actrice aux deux oscars est connue pour ses rôles de renoms, sa figure de militante est parfois oubliée. Pourtant, Jane Fonda fut une figure phare et médiatisée du mouvement contre la guerre du Vietnam et du féminisme dès les années 70. Elle s’est plus récemment impliqué dans le mouvement #metoo.

Le maire de Lyon Georges Képénékian, et David Kimelfeld, président de la métropole, lui ont ensuite remis « le lyon d’or » et un cadeau, comme l’exige la tradition festivalière.

Les bénévoles du festival ont été mis à l’honneur (crédits: Blandine Lavignon// Lyon Bondy Blog)

 

Les raisins de la colère, dernier cru du festival

Le film de clôture avait été sélectionné par Jane Fonda, dont le choix s’est porté sur Les raisins de la colère de John Ford, en hommage à son père. Le film est tiré du roman éponyme de John Steinbeck, censuré dans certains états californiens à sa sortie. L’œuvre, dont le héros est incarné à l’écran par Henry Fonda, narre l’histoire d’une famille de fermiers de l’Oklahoma. Ces derniers se voient contraints de prendre la route pour fuir la misère et le chômage suite à l’accaparement de leurs terres par les compagnies propriétaires. Le périple mène les Joad jusqu’en Californie, fantasmé comme un eldorado, mais où l’exploitation des classes paysannes par les propriétaires terriens bat son plein. La famille est alors contrainte de brader sa force de travail en cueillant des fruits pour 2 sous, et de vivre dans des camps de travailleurs.

L’histoire, écrite en pleine Grande Dépression, brosse le portrait cruel d’une Amérique se heurtant de plein fouet à ce qui reste la plus grande crise économique de son histoire. Durant 2h, le film nous entraine dans la course folle d’un système capitaliste sans foi ni loi, où l’exploitation de l’homme par l’homme ne connait pas de limites. « Ce film fait partie de l’histoire de la Grande Dépression américaine » exprime Thierry Frémaux.

John Steinbeck ne se borne cependant pas à la satire sociale de l’époque, mais médite la déshumanisation de la société qu’induit sa financiarisation croissante.

L’œuvre septuagénaire apparait d’une actualité presque cynique, alors que 10 ans après la crise économique de 2008, les inégalités n’ont jamais été aussi conséquentes qu’aujourd’hui.