Benjamin Stora était présent à la Maison des Passages, le 16 mai 2013, pour un temps d’échanges et de débat sur le thème : « Résister, c’est créer ». Retour en vidéo sur l’événement.

crédit : Denis Lafontaine

Benjamin Stora, né à Constantine en Algérie est un historien français et Professeur des universités. Il enseigne notamment l’histoire du Maghreb contemporain (XIXe et XXe siècles), les guerres de décolonisations, et l’histoire de l’immigration maghrébine en Europe, à l’Université Paris 13 et à l’INALCO (Langues Orientales, Paris). Docteur en sociologie (1978), et Docteur d’Etat en Histoire (1991), il est également fondateur et le responsable scientifique de l’Institut Maghreb-Europe.

Parmi la trentaine d’ouvrages qu’il a publié, on retient particulièrement : La gangrène et l’oubli, la mémoire de la guerre d’Algérie (La Découverte, 1991) ; Appelés en guerre d’Algérie (Gallimard, 1997) ; Algérie, la guerre invisible, Ed Presses de Sciences Po (2000).

Benjamin Stora aborde l’enfance d’Albert Camus. Une enfance passée dans un « milieu de femmes », puisqu’il perd son père jeune et grandi avec sa mère et sa grand-mère dans des conditions sociales difficiles. Selon l’historien, « la question de la pauvreté et de la misère sociale va marquer profondément toute la trajectoire d’Albert Camus. Il revendique même cette origine sociale et appréhende la question de l’Algérie par la misère sociale ».

La rencontre « extraordinaire » avec Louis Germain, son instituteur

Louis Germain décèle rapidement les qualités intellectuelles de son élève et pousse Albert Camus à poursuivre ses études malgré son milieu extrêmement pauvre. Grâce à cet instituteur, Albert Camus entre au lycée, passe son baccalauréat. La tuberculose qui le frappe jeune l’empêchera pourtant de passer certains concours comme l’agrégation et de s’enrôler pour la seconde guerre mondiale.

crédit : Denis Lafontaine

L’engagement d’Albert Camus : justice sociale ou

nationalisme algérien ?

L’importance que Camus donne à la justice sociale le conduira à s’engager au parti communiste algérien qui représente à l’époque le mieux ce combat. Dans ce mouvement, il peut ainsi combattre l’injustice sociale mais aussi l’enfant de la république française. En effet, ce parti comprenait une majorité d’Algériens français et une minorité d’Algériens musulmans, selon l’expression de l’époque.

« Ma première rencontre avec Camus fut politique »

Benjamin Stora avoue avoir connu Albert Camus par l’engagement politique dans les années 70, en travaillant avec des militants Trotskistes. Dans ces années-là, la question algérienne semblait dépassée et, en tant que jeune militant, Benjamin Stora a eu la chance de rencontrer la fille de Messali Hadj, fondateur du nationalisme algérien, et qui possédait les archives de son père. Grâce à ces mémoires, Benjamin Stora devient familier avec les opposants ou soutiens de Messali. Le jeune historien de 25 ans apprend également qu’Albert Camus avait soutenu Messali dans son combat autour de l’année 1956. Ce milieu de militant trotskiste, anarcho-syndicaliste se révèle petit. Un long détour pour expliquer la première fois que Benjamin Stora a entendu parler de Camus autrement que comme l’écrivain qu’on connaît tous, lorsqu’il était jeune militant.

 

Vidéo : Naïma Arroussi