Dimanche 25 novembre s’est achevé le 38èmecongrès du Parti Communiste Français (PCF), à Ivry-sur-Seine. Ce congrès extraordinaire, visant à élire un nouvel exécutif national, avait été convoqué des suites de la crise qu’a traversé le parti l’année dernière, illustrée notamment par les mauvais résultats aux législatives. L’évènement de ce week-end était donc attendu comme un véritable tournant, puisque pour la première fois de l’histoire du PCF le texte porté par la direction sortante a été mis en minorité. Le texte plébiscité a été, lui, notamment porté par le député du Nord Fabien Roussel, élu à la tête du parti ce dimanche. Si le résultat du scrutin fut sans grand suspens, le pari du congrès a été avant tout de rassurer quant à l’unité du parti, et d’essayer de redynamiser le PCF.

La pluie parisienne n’a pas rebutée les 736 délégués mandatés au vote de se presser à la halle Venise Gosnat d’Ivry ce dimanche. Les débats depuis vendredi ont visé à trouver un accord définitif sur le texte, d’une grande importance puisque cet écrit planifie les orientations du parti jusqu’au prochain congrès. Une liste unique des candidats pour l’exécutif national a été présentée, menée par Fabien Roussel. L’aboutissement logique suite au choix de l’écrit« Pour un communisme du XXIème siècle », adopté par les militants du parti à 42% en octobre. Ce texte, s’opposant à la « base commune » de la direction sortante, prône un retour aux valeurs fondamentales du communisme de terrain, désigné comme le seul salut du PCF face aux défis futurs. Il avait fait l’objet d’intenses discussions dans les différentes sections locales du PCF au préalable, comme en témoigne le chiffre record de 7 000 amendements déposés.

Les délégués se sont réunis à huis-clôt pendant près de 4h dimanche matin, avant de procéder au vote en tout début d’après-midi. La procédure a été millimétrée au détail près, se voulant exemplaire. Pourtant, le résultat du scrutin n’a pas fait mystère puisque les deux prétendants au poste de secrétaire général avaient déjà discuté des modalités de passage des clefs en douceur. Pierre Laurent, à la tête du Parti Communiste depuis 8 ans, était donc inscrit sur la liste du nouveau conseil national, malgré le désaveu de son mandat.

Nous avons recueilli les impressions des militants sur les enjeux du congrès avant l’annonce du scrutin :

Le temps du dépouillement des bulletins et après les traditionnels chants communistes, Ian Brossat prend la parole à la tribune sur le thème de l’Union Européenne. Le discours de la tête de liste du PCF pour les élections européennes était très attendu. Il évoque les enjeux des européennes, notamment le dumping social qu’il a qualifié de « logique absurde de concurrence ». L’élu de la mairie de Paris a aussi remercié Pierre Laurent : « c’est grâce à son travail si nous avons aujourd’hui nos liens de confiance avec nos partenaires européens ». Encore une fois l’unité affichée est de mise, mais l’accent est mis également sur l’importance des militants au sein du PCF. Ainsi, Ian Brossat fait venir à la tribune Marie-Hélène Bourlard et Franck Saillot, ovationnés par l’ensemble des militants présents. Ces deux militants communistes avaient été les figures médiatiques des luttes syndicales pour sauver leurs usines : Ecce en 2007 et Arjo Wiggins en 2015). Ils sont désormais sur la liste pour les européennes du Parti. L’élu parisien conclut son discours par ces mots : « on y va, et on va y arriver ! ».

Aux environs de 13h30, les résultats sont annoncés : la liste unique est validée par 442 voix. Fabien Roussel est élu secrétaire national du parti. Ce dernier prend la parole sous une pluie de confettis et une salve d’applaudissements. Le discours qu’il prononce ensuite s’axe sur l’importance d’un retour à un communisme de terrain pour permettre au PCF de renaitre dans le paysage politique. L’élu met particulièrement en avant l’importance des municipalités, celles-ci ayant longtemps constituées le terreau du PCF. Fabien Roussel évoque également longuement « les gilets jaunes », affirmant la lutte pour le pouvoir d’achat comme la priorité pour le PCF. Le discours attaque ensuite le capital, cheval de bataille de Fabien Roussel à l’Assemblée nationale où il avait alerté sur les paradis fiscaux. L’écologie est également un thème central, puisque le parti souhaite en faire son nouveau combat. Fabien Roussel annonce un communisme qui se veut « la tête dans les étoiles, les pieds dans la glaise ».

Fabien Roussel, élu secrétaire national du PCF, face à Pierre Laurent qui le fut pendant huit ans. © Lavignon Blandine// Lyon Bondy Blog

 

À la fin de l’intervention, une rapide consultation a lieu pour la validation définitive des 12 noms du nouvel exécutif national, parmi lesquels on retrouve sans grandes surprises les figures de Pierre Laurent et d’André Chassaigne. La remise en question ne repose pas sur le fonctionnement très spécifique du PCF, ni sur ses personnalités, mais sur la ligne stratégique que le Parti avait choisi d’emprunter ces dernières années et à laquelle est imputée son déclin progressif. Les alliances avec le Front De Gauche sont particulièrement mal digérées. Le constat partagé est que la stratégie d’alliances a conduit le PCF à s’effacer du paysage politique ces dernières années, jusqu’à l’invisibiliser.

Nous interrogeons Pierre Laurent, à propos du changement de stratégie :

 

Le 38èmecongrès ne marque pas un changement radical au PCF, mais les militants semblent rassurés, et expriment leur soulagement. L’unité du parti fait sa spécificité et sa force vive selon ses membres, l’enjeux du congrès fut donc avant tout de parvenir à rassembler. La suite sera de parvenir à affirmer le communisme comme une alternative crédible et de dépoussiérer le PCF du poids de son histoire. La clarification stratégique passe par la reconquête des territoires, un ancrage qui avait fait autrefois le succès du PCF. Reste à savoir si la recette est transposable dans la société d’aujourd’hui.

Le Lyon Bondy Blog a demandé à Fabien Roussel le mot de la fin de ce congrès :